samedi 19 juillet 2008

Autour de Rachel







J’habite maintenant dans un quartier un peu particulier. Malheureusement pour ses habitants, une certaine Rachel (la femme de Jacob, je crois) a eu l’étrange idée de mourir ici en allant en Egypte, transformant un morceau de terre sèche en un lieu saint pour les milliards de croyants des trois religions monothéistes. Et dans le contexte du Moyen-Orient, c’est plutôt mauvais signe. En 2002, Ehoud Olmert a établi un plan d’annexion du site, résultat : le mur passe par là et entoure complètement le tombeau ainsi qu’une yeshiva qui a été construite à côté. Des tours de garde parsèment le paysage et la route qui mène au site ainsi que celui-ci ne sont accessibles qu’aux Juifs et aux étrangers (à condition qu’ils acceptent de porter une kippa). Le tombeau de Rachel a ainsi été rattaché à Jérusalem alors qu’il est à Bethléem. Toute la zone a été déclarée zone C. Tout en habitant à Bethléem, les résidents de mon quartier sont donc officiellement sous le contrôle d’Israël, autant pour la sécurité que pour tout ce qui est administratif. Dans la pratique, on voit assez peu la différence.

J’habite sur la route d’Hébron, autrefois la route principale de Bethléem, reliant la ville à Jérusalem d’un côté et Hébron de l’autre. Maintenant, il y a l’énorme check point de Gilo d’un côté et le mur de l’autre. Et devant ? Le mur aussi. Les gens qui habitent sur cette route avaient d’importants commerces, dont la plupart ont fermé. Beaucoup de gens ont quitté le quartier (entre autres pour aller à l’étranger, surtout dans le cas des chrétiens) et lorsqu’on se promène, on longe les façades de maisons et magasins désertés. Le quartier de cette chère Rachel est en train de mourir à petit feu. La plupart des familles habitant ici faisaient plutôt partie d’une classe sociale aisée. Ils doivent tout d’un coup s’habituer à un nouvel environnement, de nouvelles conditions de vie. C’est le cas de Claire, une jeune femme membre de mon association dont la maison est aujourd’hui entourée par le mur sur trois côtés. Avec son mari, elle avait trois magasins, qui ont tous fermé. Aujourd’hui, Claire se demande ce qu’elle donnera à manger à ses enfants le soir. Elle rêve de créer une petite usine à l’intérieur de sa maison et d’y fabriquer des souvenirs qui seront vendus en ville. Mais la difficulté à trouver des subsides et les horizons bouchés par ce mur omniprésent lui minent tout doucement le moral. Claire rentre dans le rôle de la femme victime, elle reçoit les journalistes et leur explique ses problèmes, elle perd son énergie.

Le mur… le mur… Ce mur est haut, très haut et son impact est terrible autant au niveau économique qu’émotionnel. Si à la limite, on peut entendre l’idée d’une « frontière » solide visant à protéger des civils, il est en revanche inacceptable de la construire sur la terre de son voisin. Le mur tend à inclure un maximum de colonies dans l’Etat d’Israël et à créer ainsi de nouvelles frontières, bien différentes de celles de 1967. Partout où le mur passe, il annexe des hectares et des hectares d’oliviers, coupe des villages en deux, sépare des gens de leur famille, leur école, leur travail, les hôpitaux, etc. Il coupe les 17% de la Palestine historique qui appartiennent encore aux Palestiniens en une série de petits morceaux de terrains, de plus en plus isolés les uns des autres. Qalqiya, par exemple, est complètement encerclée par le mur, l’unique sortie possible est un check point qui peut être fermé à tout moment. Les gens du village voisin (situé à 5 minutes) doivent désormais faire un trajet d’environ deux heures avant d’y arriver.

Le mur n’est pas fini. Et au fur et à mesure qu’il progresse, les villages par où il passe organisent des manifestations, qui se terminent généralement dans les gaz lacrymogènes. Cette semaine, le village de Nil’in, près de Ramallah subit un couvre-feu non interrompu comme punition collective pour avoir organisé des manifestations. Des internationaux sont allés apporter un peu de nourriture aux habitants.

Israël applique une fois de plus sa politique de « faits sur le terrain ». Les Palestiniens, quant à eux, sont amenés à espérer et négocier à chaque fois un peu moins. Ils ont tout d’abord demandé de récupérer leurs terres et les villages dont ils avaient été chassés, et d’autoriser tous les réfugiés à revenir. Ensuite, ils ont demandé un Etat à l’intérieur des frontières de 1967, sans colonie, et avec Jérusalem comme capitale. Plus tard, ils en sont venus à espérer la disparition des check points. Puis, ils ont réclamé la suppression du mur. La plupart ont déjà renoncé pour le mur. Ils ont maintenant l’impression qu’ils se battent uniquement pour obtenir toutes les taxes que l’Etat d’Israël leur a confisquées et refuse de leur rendre.

Bref… Je me demande quand même : pourquoi dépenser des dizaines de millions de dollars pour un mur qui sera de toute façon détruit tôt ou tard ?

En attendant, pour se défouler, les gens le taguent de partout. Delphine et Louise prévoient d’y faire une fresque, j’attends avec impatience. Et d’autres organisent des actions pour faire revivre les zones les plus touchées. C’est ainsi que mon association a organisé sa fête de « cours d’été » juste au pied du mur, avec concert, danse, lectures, affichage de dessins, etc. C’est ainsi aussi qu’ils ont décidé de louer un bout de maison tout près du mur et d’y ouvrir un nouveau bureau. C’est là que j’habite, un drôle de quartier, vraiment, mais pourtant, je m’y plais...
Photos: 1. Le mur avecdes portraits de gens d'un peu partout. 2. La maison de Claire Anastas. 3. Concert organisé par l'AEI au pied du mur.

1 commentaire:

pierre a dit…

Bonjour je m'appelle Pierre, je reviens de Palestine où j'ai fait avec des enfants de Qalqilya un petit film d'animation sur des cerfs-volants, genevieve fosselard m'a donné au couts d'une consultation tes coordonnées. J'aimerais bien qu'on puiise échanger nos films, je te souhaite une bonne journée.A+
pierre : xanadoo13@yahoo.fr