
Cartes: 1. Evolution de la situation de 1946 à 2000. Et les Palestiniens n'arrêtent pas de perdre des terres. 2. Notez la différence entre la route du mur et la ligne verte de 1967.
3. Les accords d'Oslo. En rouge, les zones A. En jaune, les zones B. En bleu, les zones C.
1993: début du processus de paix d'Oslo
En 1993, des négociations commencent entre Israéliens et Palestiniens. Au terme de celles-ci, les Palestiniens sont autorisés à créer l'Autorité Palestinienne, laquelle sera amenée à gouverner la bande de Gaza et la Cisjordanie. En retour, ils reconnaissent l'Etat d'Israël. Une assemblée législative est élue en Palestine, avec Yasser Arafat à sa tête, mais en pratique elle ne contrôle que 8% des territoires palestiniens. La Cisjordanie est divisée en zones A (les villes palestiniennes), B (les villages palestiniens) et C (les colonies israéliennes, les zones militaires et les terres déclarées comme appartenant à l'Etat d'Israël). Les Israéliens se lancent dans un processus de colonisation intensive en Cisjordanie. D'autre part, plusieurs attentats suicides sont perpétrés à cette époque en Israël, des affrontements éclatent à divers endroits. Le processus de paix est un échec.
Le témoignage d’Abeer
Abeer est une jeune Palestinienne qui vit à Jérusalem et travaille à Ramallah.
Après les accords d’Oslo, les gens étaient divisés entre deux camps : ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. Le Hamas était complètement contre. Ceux qui étaient pour pensaient que c’était une première étape pour obtenir ce qu’ils voulaient, et en même temps une bonne chance d’enfin construire notre société, notre pays, notre économie, dont nous étions privés. D’autres gens pensaient que c’était une erreur d’accepter ces conditions et que nous n’obtiendrons de toute façon jamais ce que nous voulions. Nous étions encore et toujours sous occupation. Cependant, les gens étaient contents, ils commençaient à construire le pays, à établir une économie, et ils profitaient du petit espace de liberté qu’ils avaient obtenu. Ils essayaient de s’ouvrir sur le monde. Les gens voulaient et avaient tellement besoin de ce changement pour continuer leur vie. Cela leur a donné de l’espoir ; c’était comme une chandelle sur leur chemin.
Mais le processus de paix a échoué, et mon sentiment est que cet échec était planifié. La phase de paix dans laquelle les Palestiniens ont vécu pour un petit temps était comme un jugement, un essai, et elle a été utilisée pour les endormir. Et quand ils ont découvert que les Palestiniens étaient toujours pareils, qu’ils ne s’étaient pas endormis, et qu’ils voulaient toujours obtenir leurs droits, ils ont allumé une étincelle et la deuxième Intifada a commencé. Et tout a été détruit.
Aujourd’hui, nous sommes loin de cette époque mais je crois que si les leaders des deux côtés voulaient vraiment la paix, ils la feraient. Ce qu’ils font est créer de la haine des deux côtés.
2000: début de la deuxième Intifada
En 2000, des négociations ont lieu à Camp David, aux Etats-Unis, dans l'espoir d'arriver à un règlement final. Les Palestiniens veulent obtenir le droit de retour des réfugiés, ce qui créerait une majorité arabe. Les Israéliens, quant à eux, veulent annexer certains points des territoires palestiniens, laisser intactes la plupart des colonies et ne proposent à l'Autorité Palestinienne qu'une souveraineté très limitée.
Le 28 septembre 2000, Ariel Sharon marche avec son armée sur l'esplanade des mosquées de Jérusalem, un lieu saint pour les musulmans, qui le ressentent immédiatement comme une provocation. Dès le lendemain, les premiers affrontements éclatent. C'est le début de la deuxième intifada, aussi connue sous le nom d'intifada Al-Aqsa. En un mois, on compte 200 morts du côté palestinien. Suite à cette violence, l'intifada se militarise en novembre 2000. Alors que la première intifada était un soulèvement de masse, la deuxième est menée par une minorité, mais celle-ci est soutenue par la majorité des Palestiniens. Israéliens et Palestiniens sont pris dans une spirale de violence. Les attentats suicides se multiplient. Les villes de Cisjordanie sont réoccupées, les infrastructures détruites, de nombreux camps de réfugiés sont bombardés, les Palestiniens se voient imposer de longs couvre-feux, les arrestations, destructions de maisons et de plantations se multiplient. A ce jour, la deuxième intifada n'est pas encore officiellement terminée.
Le témoignage de Johnny
Johnny est aujourd'hui un jeune diplômé de l'Université de Bethléem. Quand la seconde intifada a commencé, il était dans la dernière année de son enseignement secondaire.
L'année ou la seconde intifada a commencé a été très difficile, spécialement parce que j'étais dans l'année du Tawjihi (dernière année de l'école secondaire). Les soldats israéliens fermaient les rues et les écoles trois ou quatre jours par semaine. Nous courions pour essayer d'atteindre l'école, nous devions nous cacher pendant que nous y allions. Nous essayions d'aller au moins à l'école la plus proche pour suivre un cours. N'importe quel professeur pouvait donner cours à n'importe quel élève qui était dans l'année du Tawjihi, ils savaient que nous avions tous le même curriculum. J'étais dans une école de Beit Jala mais j'allais dans une école publique près de ma maison. La plupart des écoles sont restées ouvertes, mais secrètement, la porte principale était fermée et nous devions nous cacher. Nous suivions le cours pendant trois ou quatre heures chaque fois, mais parfois, nous ne pouvions pas y aller, par exemple quand nous voyions des soldats ou des tanks dans notre rue quand nous sortions. D'un autre coté, à ce moment-là, il n'y avait pas de vie sociale. Je ne faisais que rester à la maison et étudier.
Cette même année, il y a eu le siège de l'Eglise de la Nativité. Pendant quarante jours, les Israéliens ont imposé un siège sur l'Eglise de la Nativité et un couvre-feu sur tout Bethléem. Nous avions la possibilité d'acheter quelque chose, d'aller en ville ou de bouger de chez nous seulement une ou deux fois par semaine, et pendant une heure. Il fallait alors courir jusqu'au magasin, acheter des choses pour la maison et revenir. Nous n'avions pas de contact avec nos amis, ce n'était pas possible. L’intifada m'a beaucoup affecté, parce que la situation était si mauvaise d'un côté, et parce que il était difficile d'avancer dans notre éducation d'un autre côté. Au niveau psychologique, c'était très difficile. Je me demandais ce que je pouvais faire, en restant 24 heures/24 à la maison. Je pouvais étudier, mais pour quoi? Et même si je pouvais terminer tout le curriculum, qu'est-ce qui arriverait ensuite?
Finalement, les Israéliens se sont retirés de Bethléem juste au moment où nous devions passer l'examen. Ça a été notre chance, d'une certaine façon. Toutes les écoles annoncèrent à la télévision qu'elles étaient ouvertes et que nous devions venir. Alors, nous avons travaillé dur et nous avons pu passer l'examen du Tawjihi au moment voulu. Environ 50% des étudiants ont réussi cette année-là. C'était moins que d'habitude parce que beaucoup d'étudiants s'attendaient à ce qu'il n'y ait pas de Tawjihi et qu’ils n'avaient pas de véritable raison d'étudier.
Après le Tawjihi, j'ai dû aller à l'université. A ce moment-là, la situation s'est graduellement améliorée. Pourtant, nous devions encore faire face à de nombreux problèmes: des gens allaient commettre des attentats suicides en Israël et les Israéliens venaient et attaquaient les maisons des gens. Les soldats israéliens détruisirent l'Université de Bethléem, en envoyant des bombes à l'intérieur et en prétendant qu'ils pensaient qu'il y avait des combattants à l'intérieur. Un étudiant a été tué. Après cela, ils ont reconstruit l'université. Ceci dit, à Bethléem, nous étions relativement épargnés. Nous entendions à la radio les nouvelles de Naplouse et Jénin, ce qui se passait là-bas était terrible : un camp de réfugiés détruit, des morts, des quartiers bouclés, etc.
Parce que la situation s'améliorait, nous pouvions aller dans des ONG. Elles nous ont aidés à reconstruire notre vision et notre communauté. Le gouvernement israélien a tout fermé devant nous, mais les ONG nous ont donné la possibilité d'en savoir plus sur la vie, ce que nous pouvons faire, comment nous devons nous comporter avec nous-mêmes et avec les autres.
Les violences continuent, les attentats suicides ainsi que les incursions israéliennes dans les territoires palestiniens, causant la mort d'un nombre considérable de civils. Par ailleurs, en 2002, le gouvernement Sharon décide de construire un mur dans les territoires Palestiniens, afin de les séparer physiquement des terres israéliennes. Ariel Sharon change son tracé initial pour inclure les principales colonies dans le territoire israélien. Une fois terminé, le mur courra sur plus de 700 km et annexera d'importantes quantités de terres palestiniennes. Il devient assez vite évident que la barrière de séparation emprisonnerait beaucoup de Palestiniens qui se retrouveraient coupés de leurs champs, lieux de travail, écoles, soins de santé, familles, etc.
En 2004, Yasser Arafat décède. Le 9 janvier 2005, Mahmoud Abbas est élu à la tête de l'Autorité Palestinienne. En août 2005, Israël se désengage de la bande de Gaza. En 2006, suite à une attaque vasculaire, Ariel Sharon est forcé de laisser sa charge de premier ministre à Ehoud Olmert.
2006 : victoire du Hamas aux élections
En janvier 2006, le Hamas remporte une victoire fracassante aux élections en Palestine, Mahmoud Abbas reste cependant président. La communauté internationale refuse de négocier avec le Hamas et suspend son aide au gouvernement palestinien dirigé par le Hamas, ce qui entraîne une importante crise financière. Des combats entre Hamas et Fatah commencent, les violences augmentent fortement, provocant de nombreux décès dans la bande de Gaza, et finalement, le Hamas y prend le pouvoir. L'Autorité Palestinienne ne contrôle aujourd'hui plus que la Cisjordanie