dimanche 26 octobre 2008

Le drame de Tel Rumeida








Photos: 1. Un check point permet aux Israéliens de contrôler les entrées et sorties du quartier de Tel Rumeida, et éventuellement de tout bloquer.
2. Une rue commerçante de Tel Rumeida. Tous les magasins ont été fermés.
3. Le jardin d'Hashem, poubelle à ciel ouvert des colons.
4. Une maison de le colonie de Tel Rumeida, juste au-dessus de la maison d'Hashem.


Tel Rumeida est un quartier de Hébron. Je conseille donc la lecture de mon article écrit sur cette ville en juin (http://voyageenpalestine.blogspot.com/2008/06/hbron-ville-trois-fois-sainte-pour-son.html) comme préalable à cet article-ci.

Vous souvenez-vous de l’histoire de David, le petit berger qui tua le géant Goliath à l’aide de sa fronde ? L’histoire de David m’avait beaucoup plu lorsque j’étais petite. Aujourd’hui, à Hébron, elle prend à mes yeux une teinte bien différente. En effet, des milliers d’années après sa mort, le nom de ce personnage biblique suffit à justifier l’injustifiable.

Le roi David est mentionné dans la Bible, la Torah et le Coran. Il a fait de Jérusalem sa capitale et y a construit son palais. Mais avant cela, il s’était établi à Hébron, où il aurait également fait construire un palais. Les Israéliens situent ce palais, dont il ne reste absolument rien, sur la colline de Tel Rumeida, un quartier de la vieille ville d’Hébron. Depuis des générations et des générations, des familles palestiniennes y habitent. Mais à partir du moment où on donne une connotation biblique au quartier, les colons s’y installent et des check points le séparent du reste de la ville.

Hashem vit à Tel Rumeida avec sa femme est ses trois enfants. Une colonie a été établie à quelques mètres de sa maison, en hauteur. Son accès à la route a été fermé par des fils barbelés afin de protéger la menace que ses allées et venues constituent pour les colons. Hashem et sa famille désormais doivent traverser des terrains vagues et la cour des voisins en empruntant des chemins de fortune pour atteindre leur maison. Cela ne semble pas grand-chose, mais que se passera-t-il le jour où ils vieilliront, devront appeler une ambulance ou voudront simplement acheter un nouveau meuble ? Le jardin d’Hashem a été transformé en dépotoir par les colons. Au début, il nettoyait. Puis il s’est fatigué. Les ordures des colons s’y répandent, une vieille lessiveuse, une télé éventrée. Ses oliviers ont été annexés par un muret. Les vignes d’Hashem ont été sciées par les colons mais certaines ont pu reprendre vie. Depuis ce jardin, qui pourrait pourtant être un petit coin de paradis, on voit les colons, on les entend, si proches. L’année passée, nous sommes montées sur le toit cueillir des raisins avec Hashem, proches, trop proches des colons, ils nous ont aussitôt lancé des pierres.

Hashem n’est qu’un habitant parmi d’autres, vivant dans un quartier pris d’assaut par des extrémistes n’entendant comme raison que celle de leurs croyances religieuses fanatiques. Les Palestiniens de Tel Rumeida se sont vu imposer d’innombrables couvre-feux. L’un d’eux a presque duré trois ans (de 2001 à 2003). Ces couvre-feux étaient rompus environ une heure par semaine. A la fin de ces trois années, les colons se sont rassemblés et, sous la protection des soldats, ils ont attaqué les maisons une à une, saccageant tout méthodiquement, frappant les pères de famille, les menaçant de tuer leurs enfants ou de violer leur femme.

Les commerces ont tous été fermés, sous scellés, transformant Tel Rumeida en un quartier fantôme. Le taux d’emploi y est à moins de 10%. Les employeurs n’osent pas engager les habitants de Tel Rumeida : quand le check point barrant l’entrée et la sortie du quartier sera fermé, quand il y aura couvre-feu, ils ne viendront pas travailler. Il y a un an, Hashem avait obtenu un emploi auprès des Nations Unies grâce à un programme spécial de soutien au quartier. Faute de fonds, le programme a dû arrêter. La pauvreté gagne le foyer d’Hashem, à peine masquée par ce beau gâteau au chocolat qui nous est servi et fait bien honneur à l’hospitalité palestinienne. Depuis l’an passé, Hashem a reçu des dizaines, des centaines d’internationaux et d’activistes israéliens et pourtant les choses n’ont fait qu’empirer. Cela me fait mal, très mal. Je suis triste et le lui dis. Il me répond : « Mais Anaële, la paix ne se fait pas comme ça en un an. Nous devons y travailler dur, Palestiniens, Israéliens et internationaux, tous ensemble, pour les générations futures. » Mais comment croire à la paix lorsque l’on voit ces faces de haine au-dessus de sa tête jour après jour ? « Ces colons sont des extrémistes, nous ne pourrons jamais dialoguer avec eux. Mais avec les autres Israéliens, nous pouvons y arriver. »

La vie à Tel Rumeida est un enfer : les simples actes quotidiens comme travailler, aller à l’école, aller faire des courses, visiter sa famille, installer une ligne de téléphone ou Internet deviennent de vrais parcours du combattant. Mais les Palestiniens y sont profondément enracinés, et ils sont plus difficiles à arracher de leurs terres que les oliviers. Je ne sais pas si je dois les admirer ou juste les prendre pour des fous. Et tout cela pour le roi David…

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