mardi 22 avril 2008

Bienvenue en Palestine...







Voici le check-point que l'on trouve a l'entree de Bethleem (photo 1), il separe Jerusalem de Bethleem, et donc l'Israel de la Palestine. Comme vous pouvez le constater, les Israeliens ont un certain sens de l'a-propos: ils mettent de grands panneaux de l'office du tourisme avec des enormes photos et cette phrase, qui ne manque pas d'ironie: "Peace be with you".



Vous traversez ensuite une grande salle munie de plusieurs tourniquets en metal, presentez votre passeport a un soldat, vous faites eventuellement fouiller, ressortez, longez le batiment par un couloir limite par une haute barriere (photo 2), et arrivez finalement a l'entree de Bethleem, sur une route qui etait autrefois la route principale de Palestine, reliant Naplouse a Hebron, et est aujourd'hui fermee par le mur... (photo 3)

Une fête de pass over hors du commun




Ce week-end, c’était la fête de pass over, le deuxième jour le plus saint dans la communauté juive (après Yom Kippour). Uri et Yuval, que j’ai rencontré dans ce camp aux Pays-Bas, nous avaient invité dans leur famille à Haifa, cinq Palestiniens, Nina (une Néerlandaise) et moi.
Leur famille et leurs amis étaient très touchés de notre présence et heureux de passer cette soirée hors des sentiers battus, tous, sauf une personne… Noam, le frère d’Uri, qui est un Juif orthodoxe et ne croit pas à l’existence de Palestiniens (pour lui, il n’y a que des Arabes vivant sur la terre d’Israël).
Le père d’Uri a commencé par un petit speech d’accueil pour nous expliquer le sens de la fête : c’est un jour où les Juifs commémorent le jour où Moïse a séparé les eaux de la mer rouge et permis à son peuple de fuir l’Egypte. Une semaine avant, les Juifs lavent leur maison de fond en comble, il ne doit y rester aucune poussière, de peur qu’elle soit une miette de pain. En effet, pendant toute la semaine, ils ne mangeront pas de pain, pour se souvenir des restrictions que leur peuple a subi dans sa traversée du désert. Le soir de pass over est donc aussi l’occasion de se rappeler qu’ils ont souffert et qu’ils ne doivent pas faire souffrir d’autres personnes, le père d’Uri ajoute en regardant les Palestiniens : « Ce que nous oublions trop souvent. »
Après, il y a tout un rituel assez bizarre : on mange une rondelle de patate, puis chaque personne a son tour doit lire un passage de la Torah qui raconte l’histoire de Moïse, il y a des chants, on doit aussi manger une feuille de salade, boire un verre de vin, puis y tremper son doigt et mettre des gouttes de vin dans notre assiette, on mange un bout de pain sans sel et sans levain, puis on boit encore du vin. Tout cela a un sens, mais ils s’en foutent un peu… à part Noam, qui prend les choses très au sérieux, donnent de petites explications, reprend les erreurs…
Ensuite, on mange et on boit. Puis, pour terminer le rituel, le père doit retrouver une moitié de mazda (ce pain plat sans sel) qu’on a cachée. Elle est sous l’assiette d’Abeer, une Palestinienne. Il comprend qu’elle l’a et lui propose de l’argent. Elle dit qu’elle veut quelque chose qui vient du cœur. Uri suggère la fin de l’occupation. Et là, le père ouvre complètement son cœur. Il nous dit qu’il a élevé ses trois fils de la même façon, et qu’il est très content de voir que chacun a ses idées, ses valeurs, auxquelles il croit, que chacun a trouvé un espace de liberté pour se développer à sa manière. Il est très heureux de voir que Yuval et Uri sont à gauche et s’engagent pour les valeurs auxquelles lui-même croit. Après une pause, il ajoute que même si Noam est complètement passé à droite et n’a plus les mêmes idées que lui, il est fier de lui et le respecte parce qu’il sait ce qu’il fait et est cohérent avec lui-même. Il tapote la tête de Noam, on sent que c’est quelque chose qui n’avait jamais été dit et que ce père vient de livrer une de ses grandes douleurs. Mais il prend Noam dans ses bras en lui demandant si c’est « OK » pour lui. Noam acquiesce avec une expression très triste, la scène me serre le cœur.
Après ça, on chante pendant des heures, des chants en hébreu, en anglais, et puis dans les langues de toutes les personnes présentes. A partir du premier chant en arabe, Noam a disparu.
Un oncle passe un coup de téléphone et dit : « C’est la plus belle fête de pass over qu’on n’ait jamais eue, il y a des gens de Palestine, de Belgique, des Pays-Bas. » Autour, tous nous disent : « Il a tout à fait raison. » D’après eux, la nouvelle génération est en train de redonner de l’espoir à la vieille. On repart aux petites heures. Etrange et belle soirée.

Ramallah a cent ans

Mercredi passé, la municipalité de Ramallah avait cent ans. Il y avait un festival avec des concerts et de la debka. C’était assez comique de voir ce public hyper enthousiaste mais pas du tout habitué à ce genre d’événements (les organisateurs, non plus, n’étaient apparemment pas habitués). Les gens ne savaient pas comment réagir à ce groupe de rap mi-français mi-arabe qui leur demandait de sauter, taper dans les mains, chanter avec eux. A un moment, ils ont fini par comprendre ce qu’on leur voulait et ont commencé à sauter. J’ai voulu suivre le mouvement, mais une fille m’a vite précisé que je ne pouvais pas. J’ai regardé autour de moi : effectivement, toutes les femmes frappaient dans leurs mains mais ne bougeaient aucune autre partie de leur corps. Bon, bon…
Après la fête, je vais dormir dans la famille de Mohammed, super accueillante comme toutes les familles arabes. Ses parents viennent tous deux du camp de Kalandia, entre Jérusalem et Ramallah. Quand ils se sont mariés, sa mère avait 15 ans, elle a eu son premier fils à 16 ans, suivi de cinq autres garçons et deux filles (si je me souviens bien, j’avoue que je m’y perds un peu). Son père a trouvé un travail en Arabie Saoudite et il a sauté dessus. Après cette période, les parents de Mohammed avaient assez d’argent pour construire une maison hors du camp et payer des études à leurs enfants.
Après plus de trente ans de mariage, ils ont l’air super amoureux. Pendant que la mère va vite enlever son voile, le père prépare le thé et amène des petits trucs à grignoter. Puis, la mère me met un album de photos entre les mains. Mohammed va faire sa prière, et ses parents mettent Al-Jazzera : 15 personnes ont été tuées à Gaza, le territoire est toujours bouclé, on voit des bâtiments détruits, des malades et des blessés sur des lits d’hôpital tirés par des ânes. Il n’y a plus de fuel. Les habitants de Cisjordanie ont peur, peur pour les Gazaouis, peur que cela leur arrive à eux aussi. Un ami me racontait que sa sœur s’est marié avec un Gazaoui et habite là-bas. Dès qu’ils lui téléphonent, elle se met à pleurer à tel point que la conversation devient vite impossible.
Quand j’ai fini avec l’album, la mère me sort un pyjama turquoise en mousse. J’avais amené un tee-shirt avec moi, mais bon… Je reviens et je croise les bras, alors ça y est, elle se dit que j’ai froid et m’amène une doudoune rose. Elle me propose aussi du café, me demande si je suis sûre de ne pas vouloir manger, et finit par me proposer des serviettes hygiéniques. Ben, non, je n’en ai pas besoin, merci. Accueillantes, les familles arabes, mais un peu envahissantes quand même.

La musique comme moyen de résistance




Ce jeudi, l’arab educational institute et d’autres associations avaient organisé un événement appelé « carried by the wind ». Il y avait des musiciens sur les toits de plusieurs maisons proches du mur, d’un côté et de l’autre de celui-ci. Le public ne pouvait pas monter sur les toits et ne voyait donc pas ce qui se passait de l’autre côté, mais on entendait les voix et les instruments qui se répondaient. Il y avait aussi une cinquantaine d’enfants du camp de réfugiés Aida qui tapaient sur des seaux et chantaient. C’était beau et symboliquement très fort.
Au milieu de toute ce schmilblick, il y avait une tour d’observation, d’où nous regardait, l’air un peu étonné, un soldat israélien. Enfin, on a assez peu vu sa tête finalement, je crois que même protégé par cette tour fortifiée, il n’était pas super à l’aise dans l’affaire.
La plus grande partie du public était constituée d’internationaux. Les Palestiniens ont peur d’être filmés et d’avoir des ennuis ensuite pour avoir participé à une manifestation. Chez AEI, ils sont bien contents que la responsabilité générale de l’événement soit assumée par une association néerlandaise. A la noël, ils sont allés avec une centaine de personnes allumer des bougies près du mur, et plusieurs travailleurs de l’association se sont vu refuser l’accès à Jérusalem pour la fête de Pâques. Une femme me raconte qu’elle a eu cette année son premier permis depuis vingt-sept ans, elle pleurait en embrassant les pierres de la vieille ville. Elle n’a jamais su pourquoi elle avait été mise sur une liste noire.
Les Palestiniens se méfient donc de ce genre d’action. La politique est considérée comme très dangereuse, mais en même temps, presque tout le monde y prend un peu part, et les gens se présentent très vite comme “Hamas”, “Fatah”, “Popular Front”, etc. Il faut juste que leur nom ne soit dans aucune liste que les Israéliens puissent découvrir.
Pour ceux qui ne veulent se mêler ni aux manifestations non violentes ni à la politique, il reste des tas d’autres moyens de résister. La muqawa (la résistance) est une partie intégrante de la culture palestinienne, leur fierté, leur raison d’être. A Urtaz, ils nous parlent un peu de manifestations avortées contre la construction du mur. Un peu plus tard, un jeune nous dit très fier que, pour sa famille et la Palestine, il va continuer la résistance, que jamais on ne parviendra à l’arrêter. Intriguée, je lui demande comment il résiste. « En allant à l’université tous les jours », dit-il tout naturellement, « et en passant tous mes examens ». Ils peuvent détruire leur maison, tuer leurs proches, réduire leurs déplacements, confisquer leurs terres, les enfermer dans des enclaves de check-points, road-blocks, mur et barrières diverses, les Palestiniens continueront à aller au cours, au travail, à rendre visite à leur famille.
Cette capacité de donner un sens à ses actes, ce sumud (persévérance), cette volonté inébranlable me touchent.
Pourtant, parfois, un coup de ras-le-bol peut arriver. Aujourd’hui, pour la première fois, Milad, le coordinateur de la maison de jeunes, était vraiment énervé. Tout y est passé : sa rage contre les gens qui débarquent en Israël sous prétexte qu’ils sont Juifs et qui après quelques mois sur place lui dictent ce qu’il peut faire ou non alors qu’il connaît ce pays depuis toujours ; cette jeune fille de 17 ans qui lui a refusé un permis pour aller voir sa mère mourante à l’hôpital de Jérusalem ; le manque d’argent qui l’empêche d’épouser sa fiancée et de s’installer avec elle, d’acheter une pierre tombale pour sa mère ; les jeune Palestiniens qui sont paumés et ne savent plus quoi faire de leurs journées… « J’attends », dit-il, « j’attends que la situation s’améliore. Mais combien de temps pourrai-je encore attendre ? Dis-moi… dis-moi combien de temps je pourrai encore attendre… » Cette question, je me la pose pour l’ensemble des Palestiniens.
Bien sûr, il y a aussi la résistance armée, mais je ne connais pas assez le sujet pour en parler.
Par contre, je ne voudrais pas terminer ce petit témoignage en oubliant les activistes israéliens qui franchissent la ligne verte et le mur pour aller manifester aux côtés des Palestiniens, qui se font bien souvent traiter de traîtres ; les refuzniks, qui se retrouvent parfois en prison pour avoir refusé de servir dans les territoires occupés ; les ONG, associations, citoyens israéliens qui s’engagent pour la paix et la réconciliation entre les deux peuples. Eux aussi résistent à leur façon : en refusant de céder à la facilité et à l’opinion dominante.

lundi 14 avril 2008

Un petit hommage

Mousa est un Palestinien de 29 ans qui vit à Beit Ummar, un petit village habité principalement par des paysans et situé entre Bethléem et Hébron. Il a créé une association appelée Palestine Solidarity Project, qui fait des actions avec des Israéliens, des internationaux, et évidemment des Palestiniens. Ce sont de vrais activistes. Ils vont dégager des blocs de béton qui barrent les routes menant à certains villages (en sachant pertinemment bien, évidemment, qu’ils seront replacés, parfois quelques heures, parfois quelques jours plus tard). Ils accompagnent les Palestiniens qui doivent aller sur leurs terres pour récolter les olives ou planter de nouveaux arbres pour les protéger des colons (surtout pour dissuader les colons d’intervenir) Et puis, Mousa emmène les internationaux près des colonies, près du mur, dans les villages, les camps de réfugiés, etc. pour leur expliquer la situation.
Quand on est allées à Beit Ummar cet été, l’association était encore petite. J’y suis retournée la semaine passée, c’est impressionnant de voir comme elle s’est vite aggrandie. Mousa et les gens avec qui il travaille ont trouvé des fonds pour construire une maison de la paix et la non-violence juste à côté de l’association. Les travaux devraient commencer d’ici quelques mois. Ils se préparent aussi à créer une armée non-violente, avec un drapeau et tout le bataclan.
Mousa me touche beaucoup par sa simplicité, sa générosité, sa capacité à vous ouvrir grand son cœur. Il n’a pas étudié au-delà du secondaire, principalement parce qu’il a fait de la prison. Mousa était le chef d’un groupe de jeunes qui s’étalait sur toute la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ils allaient dans les écoles pour parler de l’occupation auprès des autres jeunes. Ils lançaient des pierres aussi de temps en temps. Cela a valu à Mousa 5 ans de prison. Pendant les trois premiers mois, les détenus n’ont pas de contact entre eux et sont interrogés régulièrement. Mousa nous a peu parlé de ces mois, qui sont les plus durs, mais il a raconté qu’une Israélienne venait dans sa cellule et se déshabillait. Son but était d’obtenir des photos compromettantes pour ensuite le faire chanter. « Je savais ce qu’ils voulaient faire et je n’ai pas craqué », raconte-t-il fièrement. Après ces trois premiers mois, il a vécu avec les autres prisonniers, entre autres des professeurs, ce qui lui a permis d’apprendre, mais pas d’obtenir de diplôme.
Mousa garde son attachement à la cause palestinienne, mais il est devenu plus prudent. Il a décidé de se battre sur le terrain de la non-violence. Samedi, je devais aller le voir. On a convenu que je travaillerais un peu dans son association les samedis après-midi. Le matin, je reçois un coup de téléphone de son frère, Yussef. Mousa a été arrêté. Il ne sait pas où il a été emmené ni pour combien de temps, ni pourquoi. Ce coup de fil m’a laissée pantoise. Et je me suis dit : cette peur pour un être qui vous est cher, ce sentiment d’injustice et d’impuissance, ce n’est même pas 10 % de ce que les mères palestiniennes, les familles, les amis ressentent trop souvent dans leur vie.
Je m’inquiète pour lui. Et la lecture de témoignages de prisonniers sur la torture n’a rien pour me rassurer. J’en ai parlé à d’autres Palestiniens, ils acquiescent d’un air désolé puis continuent la conversation sur un autre sujet. Ils savent ce que c’est, ils sont bien souvent passés par là, et ils savent qu’on ne peut rien faire.
Mais ne rien faire m’énerve, alors j’écris ce modeste article pour Mousa, en pensant bien fort à lui, et j’espère que vous l’aurez lu jusqu’au bout.

Quelques petites anectodes


Quelques petites anecdotes
Un voyage en Palestine, ça a parfois des côtés très sérieux. Mais comme tout le monde, les Palestiniens aiment rire et ont de l’humour. Et comme tout voyage à l’étranger, cette expérience m’amène son lot d’anecdotes. En voici une petite sélection.

Plusieurs Palestiniens sont déjà venus me demander des conseils en matière de vie amoureuse. Il est vrai que j’ai finalement plus d’expérience que la plupart des jeunes ici… pas difficile, me direz-vous, et vous aurez raison. Ce midi, je suis allée manger avec Maher, le coordinateur de la maison de jeunes, qui a environ 27 ans. Il est fiancé depuis quelques semaines, mais il habite dans sa famille et sa fiancée dans la sienne. Tant qu’il n’aura pas d’argent pour payer son mariage, il attendra. Il me dit : « Tu sais, c’est la première fois que je m’assieds comme ça avec une fille. » Petites précisions : il y a une table entre nous, je ne suis pas la première volontaire à passer par l’association, il est chrétien, et je ne crois pas que dans la Bible, il soit écrit, comme dans le Coran, que les hommes et les femmes doivent être séparés (prévenez-moi si je me trompe). Milad me demande des conseils pour que ça marche avec sa fiancée. Il y a quelques jours, des filles du groupe de jeunes diplômés m’avaient demandé comment trouver des hommes qui n’essayent pas de profiter d’elles. Je serais bien incapable de leur donner le moindre conseil, à ce niveau-là, on vit vraiment sur deux planètes différentes.

Jeudi passé, nous sommes allés au festival de la laitue (si, si !) à Urtaz, un petit village tout proche de Bethléem. Il y avait une scène avec des danses, des chants, des discours, etc. Mais le meilleur moment, ça a été quand les gens ont commencé à distribuer des grosses laitues dans les premiers rangs. C’était une sorte de signal et tout le monde est allé vers une remorque et a acheté des laitues. On m’en a offert une, et je peux vous dire que c’est pas de la petite laitue de tapette. C’est énorme, ces machins, et ça se porte comme un gros bouquet de fleurs, ou un bébé. On s’est tous mis à mâcher des feuilles de laitue et à dire : « mmmmh, zêki » (traduction :mmmmh, délicieux). Le muezzin s’est mis à hurler au sommet de la mosquée, et un homme a éteint en catastrophe la musique des danseurs. Ils ont râleé un peu, puis ont attendu la fin de la prière… en mangeant des feuilles de salade. Après, on est allés prendre le café dans une famille. Ils voulaient connaître notre avis sur tout. Ils nous ont surtout parlé du mur, il va passer tout près du village, et presque tous les habitants perdent une bonne partie de terrain. Ils font quelques manifestations par-ci par-là, mais personne n’y croit vraiment, les tranchées sont déjà creusées…

A Ramallah, hier, il y avait une grande nouveauté : des agents de police féminins. Avec un voile bleu marine et un képi par-dessus. Elles étaient à plusieurs carrefours, par deux, avec encore un homme en plus. On m’a dit que c’était pour les former, au début, et qu’après, elles seraient certainement seules, comme tous les agents. J’irai vérifier… A propos de police à Ramallah, allez sur YouTube, tapez « Ramallah, police » et vous trouverez certainement une vidéo sur un flic complètement hors du commun. Il s’agite dans tous les sens, on le regarde, on le filme, on se moque de lui, rien n’y fait, lui, il aime son métier comme ça, alors, il continue. Et ceux qui viennent me rendre visite pourront le voir en direct !

Une petite blague racontée par ici :
On demande à un Américain, un Palestinien et un Israélien chargés de la sécurité dans leur pays de trouver un rat. L’Américain est le premier qui part. Il a été formé avec des méthodes super modernes, et après à peine cinq minutes, il revient avec un rat. Le Palestinien y va ensuite. Il a le rythme arabe dans le sang, et il est un peu moins rapide, il revient après un quart d’heure. C’est ensuite au tour de l’Israélien d’y aller. Il revient très rapidement, il ramène un âne, il est en train de le frapper en lui criant : « avoue que tu es un rat, avoue que tu es un rat ! »

Quelques petites anecdotes, 1

Un voyage en Palestine, ça a parfois des côtés très sérieux. Mais comme tout le monde, les Palestiniens aiment rire et ont de l’humour. Et comme tout voyage à l’étranger, cette expérience m’amène son lot d’anecdotes. En voici une petite sélection.

Plusieurs Palestiniens sont déjà venus me demander des conseils en matière de vie amoureuse. Il est vrai que j’ai finalement plus d’expérience que la plupart des jeunes ici… pas difficile, me direz-vous, et vous aurez raison. Ce midi, je suis allée manger avec Milad, le coordinateur de la maison de jeunes, qui a environ 27 ans. Il est fiancé depuis quelques semaines, mais il habite dans sa famille et sa fiancée dans la sienne. Tant qu’il n’aura pas d’argent pour payer son mariage, il attendra. Il me dit : « Tu sais, c’est la première fois que je m’assieds comme ça avec une fille. » Petites précisions : il y a une table entre nous, je ne suis pas la première volontaire à passer par l’association, il est chrétien, et je ne crois pas que dans la Bible, il soit écrit, comme dans le Coran, que les hommes et les femmes doivent être séparés (prévenez-moi si je me trompe). Milad me demande des conseils pour que ça marche avec sa fiancée. Il y a quelques jours, des filles du groupe de jeunes diplômés m’avaient demandé comment trouver des hommes qui n’essayent pas de profiter d’elles. Je serais bien incapable de leur donner le moindre conseil, à ce niveau-là, on vit vraiment sur deux planètes différentes.

Jeudi passé, nous sommes allés au festival de la laitue (si, si !) à Urtaz, un petit village tout proche de Bethléem. Il y avait une scène avec des danses, des chants, des discours, etc. Mais le meilleur moment, ça a été quand les gens ont commencé à distribuer des grosses laitues dans les premiers rangs. C’était une sorte de signal et tout le monde est allé vers une remorque et a acheté des laitues. On m’en a offert une, et je peux vous dire que c’est pas de la petite laitue de tapette. C’est énorme, ces machins, et ça se porte comme un gros bouquet de fleurs, ou un bébé. On s’est tous mis à mâcher des feuilles de laitue et à dire : « mmmmh, zêki » (traduction :mmmmh, délicieux). Le muezzin s’est mis à hurler au sommet de la mosquée, et un homme a éteint en catastrophe la musique des danseurs. Ils ont râleé un peu, puis ont attendu la fin de la prière… en mangeant des feuilles de salade. Après, on est allés prendre le café dans une famille. Ils voulaient connaître notre avis sur tout. Ils nous ont surtout parlé du mur, il va passer tout près du village, et presque tous les habitants perdent une bonne partie de terrain. Ils font quelques manifestations par-ci par-là, mais personne n’y croit vraiment, les tranchées sont déjà creusées…

A Ramallah, hier, il y avait une grande nouveauté : des agents de police féminins. Avec un voile bleu marine et un képi par-dessus. Elles étaient à plusieurs carrefours, par deux, avec encore un homme en plus. On m’a dit que c’était pour les former, au début, et qu’après, elles seraient certainement seules, comme tous les agents. J’irai vérifier… A propos de police à Ramallah, allez sur YouTube, tapez « Ramallah, police » et vous trouverez certainement une vidéo sur un flic complètement hors du commun. Il s’agite dans tous les sens, on le regarde, on le filme, on se moque de lui, rien n’y fait, lui, il aime son métier comme ça, alors, il continue. Et ceux qui viennent me rendre visite pourront le voir en direct !

Une petite blague racontée par ici :
On demande à un Américain, un Palestinien et un Israélien chargés de la sécurité dans leur pays de trouver un rat. L’Américain est le premier qui part. Il a été formé avec des méthodes super modernes, et après à peine cinq minutes, il revient avec un rat. Le Palestinien y va ensuite. Il a le rythme arabe dans le sang, et il est un peu moins rapide, il revient après un quart d’heure. C’est ensuite au tour de l’Israélien d’y aller. Il revient très rapidement, il ramène un âne, il est en train de le frapper en lui criant : « avoue que tu es un rat, avoue que tu es un rat ! »

mercredi 9 avril 2008

Dheisheh camp




Samedi fin d’après-midi, je suis allée voir le camp de réfugiés Dheisheh. J’ai été accueillie par Yussef, le fondateur d'une association qui s’occupe de jeunes et d’enfants du camp. Il y est tous les jours, sans exception, son association est sa vie. Il n’y gagne pourtant rien, mais il achète et revend des ordinateurs à côté pour vivre, et puis, sa sœur et sa mère travaillent. Les autres personnes qui viennent donner un coup de main dans le centre sont aussi volontaires.
Dheisheh camp est le plus grand camp de réfugiés de Bethléem. Officiellement, les Nations Unies recensent environ 12.500 habitants à Dheisheh, mais en réalité, leur nombre dépasserait les 16.000, le tout sur un peu plus d’1 km2. Il y a 27 camps de réfugiés dans les territoires occupés de Palestine (19 en Cisjordanie et 8 dans la bande de Gaza), 10 en Jordanie, 12 au Liban et 9 en Syrie. Au total, il y a donc 58 camps de réfugiés palestiniens, dans lesquels 1.327.772 personnes sont enregistrées. Si on ajoute les réfugiés qui ne vivent pas dans les camps, le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés atteint 4.448.429 (ces chiffres datent de décembre 2006 et ont sans doute augmenté, de plus, le nombre de réfugiés non enregistrés est apparemment très élevé).
La présence de ces camps est une des raisons pour lesquelles la création de deux Etats indépendants est si compliquée : où mettrait-on tous ces Palestiniens vivant en Syrie, au Liban, etc ? Et si on pense à la solution d’un Etat où juifs, musulmans et chrétiens vivent ensemble et qu’on prévoit le retour des réfugiés, les juifs deviendraient minoritaires, ce qui n’est absolument pas envisageable pour les Israéliens.
Les habitants de Dheisheh et des autres camps de Bethléem viennent de toute une série de villages qui soit ont été rayés de la carte, soit sont maintenant habités par des Israéliens.
Les camps de réfugiés palestiniens dépendent de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestinian Refugees in the Near East). C’est elle qui les a construits, elle qui paye les professeurs qui y travaillent (dans des classes atteignant souvent cinquante éléves), et également des travailleurs sociaux depuis quelques années. L’UNRWA est aussi supposée subvenir aux besoins vitaux des réfugiés : les fournir en nourriture, électricité, eau et leur donner un peu d’argent. Elle ne remplit ce rôle qu’à moitié et apparemment, les quantités n’ont fait que baisser depuis la création des camps. Les réfugiés sont sous la responsabilité des Nations Unies, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas citoyens de Palestine, qu’ils n’ont généralement pas de passeport palestinien, mais une carte de réfugié.
Le rêve de tout réfugié est de quitter le camp. Parfois, quand l’un d’eux parvient à économiser une somme importante, il achète un terrain et y construit une maison. Mais avec la construction du mur et l’augmentation incessante du nombre et de la taille des colonies, il y a de moins en moins de terrains et leur prix est inaccessible pour la plupart des réfugiés. On assiste donc plutôt à la construction d’étages supplémentaires, les jeunes qui se marient s’installant généralement au-dessus des parents de l’époux.
Dheisheh a été créé un peu avant 1948 (date de la Nakba, la « catastrophe » palestinienne). A cette époque, les premiers massacres avaient lieu dans les villes et les villages palestiniens et les habitants sentaient que le danger ne faisait que grandir. De plus, les magasins, les restaurants étaient régulièrement saccagés. Les Palestiniens ont donc commencé à fuir, et les premiers réfugiés se sont installés dans des tentes. Ils y sont restés jusqu’en 1952-1953. Ensuite, l’UNRWA leur a construit des maisons. Les habitants de Dheishesh sont très fiers de leur camp, qui est très connu pour sa résistance à l’occupation israélienne. Il est parfois même plus facile de trouver un emploi quand on vient de Dheisheh que quand on vient de Bethléem. Le camp était apparemment le premier pôle de résistance jusqu’à la période se situant entre les deux intifadas. Depuis la deuxième intifada (2000), Naplouse et surtout Jénine ont pris le relais et sont devenues les grands symboles de la résistance palestinienne. Mais pendant longtemps, selon Yussef, la plupart des hommes politiques vraiment engagés pour la cause palestinienne et de nombreux prisonniers venaient de Dheisheh. Cela a valu au camp un traitement particulièrement violent de la part de l’armée israélienne, qui entrait tous les jours dans le camp. Encore aujourd’hui, elle y entre régulièrement la nuit. Durant la première intifada, le camp était entouré d’une énorme barrière métallique. Les gens devaient passer de hauts tourniquets pour aller travailler, ce qui signifiait de longues heures d’attente et parfois une interdiction de sortir pour travailler, faire ses courses, se soigner. De la fin des années 80 jusqu’au début des années 90, les réfugiés de Dheisheh se sont vu imposer plusieurs couvre-feux : il y a eu les couvre-feux qui leur étaient imposés durant plusieurs journées d’affilée 24h/24, il y a eu un couvre-feu de plusieurs mois pendant lequel ils ne pouvaient sortir que trois fois par semaine pendant une heure pour aller s’approvisionner de ce qu’ils trouvaient, et il y a eu plusieurs couvre-feux de plusieurs mois durant lesquels ils ne pouvaient ni être dehors ni apparaître aux fenêtres de 6 h du soir à 7 h du matin. Aujourd’hui, les projecteurs sont apparemment moins braqués sur Dheisheh. Les enfants clament encore leur fierté d’être palestiniens et leur envie de résister à l’ennemi israélien, ils lancent parfois des pierres. Mais si les soldats entrent dans le camp la nuit, ils sont couchés.
Ce que je ne m’explique pas, c’est que les Nations Unies, en tant que responsables des réfugiés, gestionnaires et propriétaires des camps, ne se soient jamais opposées aux incursions israéliennes, aux destructions de maisons, aux couvre-feux, etc.
Apparemment, la vie est de plus en plus difficile à Dheisheh. Les habitants du camp font venir la plupart des choses dont ils ont besoin d’Hébron, les fruits et légumes de Jéricho, mais à cause des check-points et de la fermeture de nombreuses routes, les trajets d’une ville à l’autre sont de plus en plus longs et les marchandises de plus en plus chères. De plus, les Palestiniens de Cisjordanie faisaient venir beaucoup de fruits et légumes de Gaza, ce qui est évidemment devenu impossible. Yussef garde espoir : l’Etat israélien va droit dans le mur et ne pourra pas continuer comme cela éternellement. Les grands révolutionnaires venaient du peuple : Jésus, Mohammed, Lénine, Che Guevara (qui a renoncé à la fortune et à l’avenir brillant qui s’offrait à lui). Il veut continuer à croire que le monde changera bientôt.

L'arab educational institute


L’association qui m’accueille à Bethléem s’appelle l’arab educational institute. Elle a été créée en 1987 par un professeur et un de ses amis. Son but est de faire de l’éducation informelle et de rapprocher les différentes communautés.
Il a pourtant été très vite amené à remplir le rôle de l’école. En effet, lors de la première intifada, toutes les écoles de Bethléem ont été fermées. Une série de jeunes et d’enfants venaient à l’Arab Educational Institute, où on essayait tant bien que mal de leur donner des cours. Leur nombre a augmenté, et les Israéliens ont remarqué que quelque chose se passait dans la petite ruelle où l’AEI a ses bureaux. Quand ils ont appris que des jeunes s’y réunissaient, ils ont immédiatement convoqué les responsables pour les obliger à fermer le centre. Pendant plusieurs années, l’AEI n’a pas ouvert ses portes, mais il organisait des leçons dans les maisons des gens, en y réunissant quelques élèves.
L’institut a ensuite rouvert ses portes et s’est petit à petit agrandi grâce aux généreux dons d’ONG occidentales, et grâce à leur affiliation au mouvement international « Pax christi ».
Aujourd’hui, une de ses grandes missions pourrait se résumer dans le slogan très ressassé mais pourtant plein de sens « construire des ponts et non des murs ». L’AEI fait tout un travail de cohésion sociale, tout d’abord en amenant les gens à se rencontrer, en créant un espace de vie commune, ensuite en essayant de rapprocher les différentes communautés, tout particulièrement les musulmans et les chrétiens. Ils ont entre autres un projet de dialogue interreligieux, qui, à la base, devait réunir les juifs, les musulmans et les chrétiens, mais qui finalement se limite aux deux derniers groupes, avec quelques contacts avec des associations qui mènent un projet similaire en Israël. Par l’éducation informelle, l’AEI vise aussi à former des jeunes conscients de leur identité, de leur Histoire, de leurs capacités, prêts à être des acteurs de paix et de changements.
En pratique, il y a plusieurs groupes, qui se réunissent une fois par semaine : les enfants, les jeunes du secondaire, les universitaires, les jeunes diplômés et les femmes. Parmi les autres activités de l’AEI, il y a des cours d’informatique, des échanges avec l’étranger, des projets ponctuels, des publications, etc.
Et moi dans tout ça ? Je vais travailler avec les différents groupes, faire des ateliers d’écriture (on commence cette semaine avec des histoires d’espoir), des ateliers débats (sur les droits de l’homme, la Palestine, l’Histoire, le dialogue interculturel, etc.), deux petits dessins animés avec la super collaboration de mes deux sœurs, des cours de français, des petits jeux en anglais (avec les enfants), etc. Je vais préparer un « information package » sur les jeunes en Palestine, à destination des visiteurs de l’AEI, mais également, je l’espère, des école de Belgique, puisque j’y proposerai toute une série de pistes pédagogiques. J’y mettrai les films, des textes écrits par des jeunes, des photos, des informations plus techniques, des interviews de jeunes, etc. Et puis, il se pourrait que je fasse un peu de fund raising et participe à l’une ou l’autre publication.
A côté de cela, j’irai une après-midi par semaine faire du volontariat à Beit Ummar (un petit village proche de Bethléem), dans l’association d’un Palestinien que nous avons rencontré cet été : j’organiserai des tables de conversation en anglais sur les mêmes thèmes qu’à l’AEI (droits de l’homme, etc.) et donnerai des cours de français. Je participerai aussi de temps en temps aux actions qu’ils mènent conjointement avec des Israéliens et des internationaux : manifestations, déplacement de blocs de béton qui bloquent l’accès aux villages, soutien aux fermiers lors de la récolte des olives (les colons essayent de les empêcher de travailler sur leur terrain), etc.
Pour le moment, je vais m’en tenir à ces projets et voir comment tout cela s’organise, mais je suis assez tentée d’aller aussi passer quelques heures par semaine dans un camp de réfugiés…

mercredi 2 avril 2008

Premiers jours a Bethlehem




Par quoi commencer, si ce n’est par dire que je ne suis pas déçue par l’hospitalité palestinienne ?
Tout d’abord, j’ai retrouvé l’accueil chaleureux et la bonne nourriture des Palestiniens. On s’occupe de moi tout en me laissant prendre mes marques, trouver mes repères.
Je vais occuper pendant deux mois un appartement, puis habiter au-dessus de la Peace House (l’association a deux bâtiments, une peace house et une youth house, qui sont très loin l’un de l’autre). Mon nouveau chez-moi est énorme et super lumineux. Quand je suis arrivée, j’ai trouvé quelques petites attentions, comme du thé, un livre en anglais sur la littérature palestinienne, les publications de l’association. L’appartement est assez loin du centre, et ses grandes fenêtres donnent sur les collines parsemées d’oliviers, les bergers et leurs moutons. C’est beau et paisible.
A l’arab educational insitute, on me fait confiance, on me fait des propositions motivantes, on se motive pour mes propositions. Ce que j’apprécie beaucoup, c’est qu’ils me proposent de me lancer dès le début. Aujourd’hui, j’ai fait les brise-glaces. Je commencerai la semaine prochaine à animer des ateliers à part entière. Fouad, le directeur est vraiment adorable. C’est un vieil homme qui a été prof pendant des années avant de se lancer dans l’éducation « informelle » en fondant l’arab educational institute, pour lequel il se consacre corps et âme. Il est le directeur, il a son bureau, mais il en sort régulièrement pour rencontrer les gens et voir ce qui se passe. Son fils nous apporte un super repas à midi, on discute des heures durant. Fouad me connaît à peine, mais déjà, il me raconte sa vie et ses espoirs.
Le premier atelier était assez comique, c’était avec des jeunes « postgraduated ». On a d’abord parlé du 1er avril et Milad nous a expliqué l’origine de la tradition des blagues. Bon, je sens que vous brûlez de savoir, alors je vous la raconte :
Une vieille reine de Babylone sent qu’elle va mourir et fait préparer sa stèle. Sur celle-ci, figure une inscription : ce que tu souhaites, tu le trouveras dans ma tombe si tu l’ouvres. Lorsqu’elle meure, on l’enterre donc avec cette stèle. De longues années passent, et un premier avril, un homme n’y tient plus. Il a trop envie d’argent et il ouvre le tombeau. Là, il trouve une autre inscription qui lui dit que sa stupidité et son avarice l’ont poussé à profaner le repos éternel de la reine. Il avait voulu profiter du 1er avril, qui était une belle date pour la chance, et se retrouvait le bec dans l’eau. C’était le premier mauvais tour, la première blague.
Après ça, on a parlé du land’s day, qui avait lieu le 30 mars. C’est un jour où les Palestiniens manifestent contre les confiscations de terres par les Israéliens. Ces manifestations ont été lancées dans le nord d’Israël par des arabes israéliens que l’on voulait priver de leurs terres, elles ont ensuite été suivies dans l’ensemble des territoires palestiniens. Lors de ces manifestations, des jeunes arabes ont été tués dans le nord d’Israël (en 1976), et en ce jour spécial, tous les Palestiniens se souviennent qu’ils sont frères. C`est tres touchant de voir que les habitants de Cisjordanie s`inquietent des conditions de vie de ceux qui ont pu rester en Israel. Ils parlent des villages non reconnus, ces villages situes en Israel qui n`apparaissent pas sur les cartes israeliennes, n`ont pas l`eau ni l`electrivite, ou peu, n`ont pas d`ecole, ou s`ils en ont une, les diplomes qu`elle delivre ne sont pas reconnus par l`Etat israelien. Les jeunes réfugiés présents à l’atelier racontent l’histoire de leur famille. On parle de cette fameuse loi de l’absence, qui fait qu’après trois ans d’« abandon », une terre appartient d’office à l’Etat israélien. Lorsque les paysans palestiniens essayent d’aller cultiver leurs terres (si celles-ci sont encore accessibles), ils se font donc souvent tirer dessus par des colons. Au bout de trois ans, ces derniers s’approprient les terres et agrandissent l’enceinte de la colonie.
Après tout ça, les jeunes m’ont déjà adoptée. On se promène un peu ensemble en ville. Ils m’apprennent quelques mots d’arabe, et on rentre chacun chez soi. Enfin, d’abord, je me perds, et puis, je rentre chez moi.

Tel Aviv


Le premier mot qui me vient à l’esprit pour Tel Aviv est « a bubble ». Difficile de croire, quand on débarque dans cette ville hypra « cool » qu’on est dans un pays qui se proclame en guerre. Les bobos, les surfeurs, les hippies, les simples cools se côtoient tranquillement sur la plage, sur les trottoirs, dans les bars. La vie ne s’arrête à aucun moment de la journée. Je crois que c’est la première fois que je découvre une ville avec une « night life » aussi intense tous les jours de la semaine. Tel Aviv est très agréable, la vie y est détendue, les gens souriants et accueillants, on peut y flâner pendant des heures, passer d’un quartier à l’autre, du fameux style Bauhaus, aux jolies petites maisons yéménites, des hôtels de luxe au vieux quartier de Jaffa. Pourtant, quelque chose me gêne. Sans doute de savoir que tout cela a été construit sur les ruines de villages palestiniens, qu’aujourd’hui encore, la lente appropriation de Jaffa (le quartier le plus arabe, puisque c’était une ville palestinienne avant la création de Tel Aviv) se poursuit, les maisons qui se libèrent ne pouvant être achetées que par des Juifs, que les seuls palestiniens qui viennent encore à Tel Aviv sont les clandestins qui travaillent au noir pour un salaire de misère qu’ils iront ensuite distribuer dans leur famille restée en Cisjordanie, souvent dans les camps de réfugiés.

Uri et moi nous promenons dans cette faune un peu particulière. On arpente des rues aux noms plus révélateurs les uns que les autres : Rothschild (un homme richissime qui a acheté plein de terres pour les juifs qui venaient s’installer en Palestine), Allenby (un Anglais qui a gagné la guerre contre l’empire ottoman), Balfour (voir premier article), Herzl (fondateur du sionisme), etc. Uri me dit que pour lui, il est impossible d’imaginer les Israéliens et Palestiniens vivant dans un seul Etat, même si l’idée semble très belle : ils n’ont aucune Histoire en commun, et même pire, les héros d’un camp sont inévitablement les ennemis de l’autre camp.

On va jusqu’à la plage et, les mollets dans la mer méditerranée, on discute des heures durant du conflit. Il me dit qu’on est sûrement les seuls à parler politique. Les jeunes fuient Jérusalem ou d’autres lieux à l’atmosphère un peu tendue pour venir s’installer à Tel Aviv et vivre tranquilles, insouciants, dans une bulle de fêtes, de sorties, de musique et de plage. Ce qui est étonnant, c’est que les jeunes Israéliens sont de grands voyageurs, passionnés par les autres cultures, particulièrement l’indienne. Ils sont allés partout, mais ont peur de se rendre en Cisjordanie. Ils s’intéressent aux autres religions, mais apprécient très modérément l’islam. Ils sont très heureux de rencontrer des étrangers, mais leur demandent vite s’ils sont juifs. Le seul mariage autorisé est le mariage juif à la sinagogue, et la lectrice belge du CGRI m’affirme que son copain lui a déjà bien signifié que de toute façon, ils ne pourraient jamais se marier.

Mais qui est Uri finalement ? Je l’ai rencontré lors du camp organisé par YEP (youth enegy for peace) aux Pays-Bas, un camp auquel participaient des Israéliens, des Palestiniens, des arabes d’Israël, des Belges et des Néerlandais. C’était une expérience très marquante pour tout le monde, mais surtout pour les Israéliens et les Palestiniens, qui étaient amenés à rencontrer l’autre camp, et à se rendre compte que leurs ennemis étaient avant tout des êtres humains, qu’ils pouvaient très bien s’entendre et même devenir amis. Présenté ainsi, ça a l’air facile, mais ce n’est pas le cas. C’était parfois même très difficile pour eux. Vient toujours le moment où on parle des check points, du mur, de la sécurité, des attentats commis par les terroristes ou les résistants, c’est selon… Ce qui était beau, c’était de voir que malgré la difficulté, ils se forçaient à rester jusqu’à la fin de la discussion, à écouter le point de vue de l’autre, à ne pas s’emporter, à parfois nuancer leur point de vue, à parfois aussi accepter qu’ils ne seraient jamais d’accord et à passer éventuellement au-dessus de ce différend pour finir par se prendre dans les bras l’un de l’autre.

Uri et la plus grande partie du groupe sont restés dans cet état d’esprit et ils ont créé « yad bi yad » en rentrant dans leur pays. Tous les mois, ils organisent une rencontre à Beit Jala (entre Jérusalem et Bethlehem), lors de laquelle ils invitent leurs amis intéressés par le projet. Le mouvement grandit donc peu à peu. A chaque rencontre, deux personnes différentes sont chargées de préparer les discussions. Par exemple, la dernière fois, ils ont parlé de ce que chacun mettait derrière des mots comme mur, armée israélienne, terroriste, etc. A côté de cela, il y a aussi des rencontres tout à fait informelles. Uri est allé à Ramallah, Bethlehem et Jerusalem visiter des Palestiniens. Et il a emmené deux Palestiniennes à Tel Aviv (où elles n’avaient évidemment jamais mis les pieds), puis à Haïfa, où elles ont rencontré sa grand-mère, une survivante des camps de concentration qui leur a raconté son histoire, et son frère, un religieux orthodoxe qui soutient l’occupation. Personnellement, je crois à fond à ce qu’ils font, et je vous en dirai plus lorsque j’aurai participé à l’une ou l’autre réunion.