Ce jeudi, l’arab educational institute et d’autres associations avaient organisé un événement appelé « carried by the wind ». Il y avait des musiciens sur les toits de plusieurs maisons proches du mur, d’un côté et de l’autre de celui-ci. Le public ne pouvait pas monter sur les toits et ne voyait donc pas ce qui se passait de l’autre côté, mais on entendait les voix et les instruments qui se répondaient. Il y avait aussi une cinquantaine d’enfants du camp de réfugiés Aida qui tapaient sur des seaux et chantaient. C’était beau et symboliquement très fort.
Au milieu de toute ce schmilblick, il y avait une tour d’observation, d’où nous regardait, l’air un peu étonné, un soldat israélien. Enfin, on a assez peu vu sa tête finalement, je crois que même protégé par cette tour fortifiée, il n’était pas super à l’aise dans l’affaire.
La plus grande partie du public était constituée d’internationaux. Les Palestiniens ont peur d’être filmés et d’avoir des ennuis ensuite pour avoir participé à une manifestation. Chez AEI, ils sont bien contents que la responsabilité générale de l’événement soit assumée par une association néerlandaise. A la noël, ils sont allés avec une centaine de personnes allumer des bougies près du mur, et plusieurs travailleurs de l’association se sont vu refuser l’accès à Jérusalem pour la fête de Pâques. Une femme me raconte qu’elle a eu cette année son premier permis depuis vingt-sept ans, elle pleurait en embrassant les pierres de la vieille ville. Elle n’a jamais su pourquoi elle avait été mise sur une liste noire.
Les Palestiniens se méfient donc de ce genre d’action. La politique est considérée comme très dangereuse, mais en même temps, presque tout le monde y prend un peu part, et les gens se présentent très vite comme “Hamas”, “Fatah”, “Popular Front”, etc. Il faut juste que leur nom ne soit dans aucune liste que les Israéliens puissent découvrir.
Pour ceux qui ne veulent se mêler ni aux manifestations non violentes ni à la politique, il reste des tas d’autres moyens de résister. La muqawa (la résistance) est une partie intégrante de la culture palestinienne, leur fierté, leur raison d’être. A Urtaz, ils nous parlent un peu de manifestations avortées contre la construction du mur. Un peu plus tard, un jeune nous dit très fier que, pour sa famille et la Palestine, il va continuer la résistance, que jamais on ne parviendra à l’arrêter. Intriguée, je lui demande comment il résiste. « En allant à l’université tous les jours », dit-il tout naturellement, « et en passant tous mes examens ». Ils peuvent détruire leur maison, tuer leurs proches, réduire leurs déplacements, confisquer leurs terres, les enfermer dans des enclaves de check-points, road-blocks, mur et barrières diverses, les Palestiniens continueront à aller au cours, au travail, à rendre visite à leur famille.
Cette capacité de donner un sens à ses actes, ce sumud (persévérance), cette volonté inébranlable me touchent.
Pourtant, parfois, un coup de ras-le-bol peut arriver. Aujourd’hui, pour la première fois, Milad, le coordinateur de la maison de jeunes, était vraiment énervé. Tout y est passé : sa rage contre les gens qui débarquent en Israël sous prétexte qu’ils sont Juifs et qui après quelques mois sur place lui dictent ce qu’il peut faire ou non alors qu’il connaît ce pays depuis toujours ; cette jeune fille de 17 ans qui lui a refusé un permis pour aller voir sa mère mourante à l’hôpital de Jérusalem ; le manque d’argent qui l’empêche d’épouser sa fiancée et de s’installer avec elle, d’acheter une pierre tombale pour sa mère ; les jeune Palestiniens qui sont paumés et ne savent plus quoi faire de leurs journées… « J’attends », dit-il, « j’attends que la situation s’améliore. Mais combien de temps pourrai-je encore attendre ? Dis-moi… dis-moi combien de temps je pourrai encore attendre… » Cette question, je me la pose pour l’ensemble des Palestiniens.
Bien sûr, il y a aussi la résistance armée, mais je ne connais pas assez le sujet pour en parler.
Par contre, je ne voudrais pas terminer ce petit témoignage en oubliant les activistes israéliens qui franchissent la ligne verte et le mur pour aller manifester aux côtés des Palestiniens, qui se font bien souvent traiter de traîtres ; les refuzniks, qui se retrouvent parfois en prison pour avoir refusé de servir dans les territoires occupés ; les ONG, associations, citoyens israéliens qui s’engagent pour la paix et la réconciliation entre les deux peuples. Eux aussi résistent à leur façon : en refusant de céder à la facilité et à l’opinion dominante.
Au milieu de toute ce schmilblick, il y avait une tour d’observation, d’où nous regardait, l’air un peu étonné, un soldat israélien. Enfin, on a assez peu vu sa tête finalement, je crois que même protégé par cette tour fortifiée, il n’était pas super à l’aise dans l’affaire.
La plus grande partie du public était constituée d’internationaux. Les Palestiniens ont peur d’être filmés et d’avoir des ennuis ensuite pour avoir participé à une manifestation. Chez AEI, ils sont bien contents que la responsabilité générale de l’événement soit assumée par une association néerlandaise. A la noël, ils sont allés avec une centaine de personnes allumer des bougies près du mur, et plusieurs travailleurs de l’association se sont vu refuser l’accès à Jérusalem pour la fête de Pâques. Une femme me raconte qu’elle a eu cette année son premier permis depuis vingt-sept ans, elle pleurait en embrassant les pierres de la vieille ville. Elle n’a jamais su pourquoi elle avait été mise sur une liste noire.
Les Palestiniens se méfient donc de ce genre d’action. La politique est considérée comme très dangereuse, mais en même temps, presque tout le monde y prend un peu part, et les gens se présentent très vite comme “Hamas”, “Fatah”, “Popular Front”, etc. Il faut juste que leur nom ne soit dans aucune liste que les Israéliens puissent découvrir.
Pour ceux qui ne veulent se mêler ni aux manifestations non violentes ni à la politique, il reste des tas d’autres moyens de résister. La muqawa (la résistance) est une partie intégrante de la culture palestinienne, leur fierté, leur raison d’être. A Urtaz, ils nous parlent un peu de manifestations avortées contre la construction du mur. Un peu plus tard, un jeune nous dit très fier que, pour sa famille et la Palestine, il va continuer la résistance, que jamais on ne parviendra à l’arrêter. Intriguée, je lui demande comment il résiste. « En allant à l’université tous les jours », dit-il tout naturellement, « et en passant tous mes examens ». Ils peuvent détruire leur maison, tuer leurs proches, réduire leurs déplacements, confisquer leurs terres, les enfermer dans des enclaves de check-points, road-blocks, mur et barrières diverses, les Palestiniens continueront à aller au cours, au travail, à rendre visite à leur famille.
Cette capacité de donner un sens à ses actes, ce sumud (persévérance), cette volonté inébranlable me touchent.
Pourtant, parfois, un coup de ras-le-bol peut arriver. Aujourd’hui, pour la première fois, Milad, le coordinateur de la maison de jeunes, était vraiment énervé. Tout y est passé : sa rage contre les gens qui débarquent en Israël sous prétexte qu’ils sont Juifs et qui après quelques mois sur place lui dictent ce qu’il peut faire ou non alors qu’il connaît ce pays depuis toujours ; cette jeune fille de 17 ans qui lui a refusé un permis pour aller voir sa mère mourante à l’hôpital de Jérusalem ; le manque d’argent qui l’empêche d’épouser sa fiancée et de s’installer avec elle, d’acheter une pierre tombale pour sa mère ; les jeune Palestiniens qui sont paumés et ne savent plus quoi faire de leurs journées… « J’attends », dit-il, « j’attends que la situation s’améliore. Mais combien de temps pourrai-je encore attendre ? Dis-moi… dis-moi combien de temps je pourrai encore attendre… » Cette question, je me la pose pour l’ensemble des Palestiniens.
Bien sûr, il y a aussi la résistance armée, mais je ne connais pas assez le sujet pour en parler.
Par contre, je ne voudrais pas terminer ce petit témoignage en oubliant les activistes israéliens qui franchissent la ligne verte et le mur pour aller manifester aux côtés des Palestiniens, qui se font bien souvent traiter de traîtres ; les refuzniks, qui se retrouvent parfois en prison pour avoir refusé de servir dans les territoires occupés ; les ONG, associations, citoyens israéliens qui s’engagent pour la paix et la réconciliation entre les deux peuples. Eux aussi résistent à leur façon : en refusant de céder à la facilité et à l’opinion dominante.
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