

Samedi fin d’après-midi, je suis allée voir le camp de réfugiés Dheisheh. J’ai été accueillie par Yussef, le fondateur d'une association qui s’occupe de jeunes et d’enfants du camp. Il y est tous les jours, sans exception, son association est sa vie. Il n’y gagne pourtant rien, mais il achète et revend des ordinateurs à côté pour vivre, et puis, sa sœur et sa mère travaillent. Les autres personnes qui viennent donner un coup de main dans le centre sont aussi volontaires.
Dheisheh camp est le plus grand camp de réfugiés de Bethléem. Officiellement, les Nations Unies recensent environ 12.500 habitants à Dheisheh, mais en réalité, leur nombre dépasserait les 16.000, le tout sur un peu plus d’1 km2. Il y a 27 camps de réfugiés dans les territoires occupés de Palestine (19 en Cisjordanie et 8 dans la bande de Gaza), 10 en Jordanie, 12 au Liban et 9 en Syrie. Au total, il y a donc 58 camps de réfugiés palestiniens, dans lesquels 1.327.772 personnes sont enregistrées. Si on ajoute les réfugiés qui ne vivent pas dans les camps, le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés atteint 4.448.429 (ces chiffres datent de décembre 2006 et ont sans doute augmenté, de plus, le nombre de réfugiés non enregistrés est apparemment très élevé).
La présence de ces camps est une des raisons pour lesquelles la création de deux Etats indépendants est si compliquée : où mettrait-on tous ces Palestiniens vivant en Syrie, au Liban, etc ? Et si on pense à la solution d’un Etat où juifs, musulmans et chrétiens vivent ensemble et qu’on prévoit le retour des réfugiés, les juifs deviendraient minoritaires, ce qui n’est absolument pas envisageable pour les Israéliens.
Les habitants de Dheisheh et des autres camps de Bethléem viennent de toute une série de villages qui soit ont été rayés de la carte, soit sont maintenant habités par des Israéliens.
Les camps de réfugiés palestiniens dépendent de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestinian Refugees in the Near East). C’est elle qui les a construits, elle qui paye les professeurs qui y travaillent (dans des classes atteignant souvent cinquante éléves), et également des travailleurs sociaux depuis quelques années. L’UNRWA est aussi supposée subvenir aux besoins vitaux des réfugiés : les fournir en nourriture, électricité, eau et leur donner un peu d’argent. Elle ne remplit ce rôle qu’à moitié et apparemment, les quantités n’ont fait que baisser depuis la création des camps. Les réfugiés sont sous la responsabilité des Nations Unies, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas citoyens de Palestine, qu’ils n’ont généralement pas de passeport palestinien, mais une carte de réfugié.
Le rêve de tout réfugié est de quitter le camp. Parfois, quand l’un d’eux parvient à économiser une somme importante, il achète un terrain et y construit une maison. Mais avec la construction du mur et l’augmentation incessante du nombre et de la taille des colonies, il y a de moins en moins de terrains et leur prix est inaccessible pour la plupart des réfugiés. On assiste donc plutôt à la construction d’étages supplémentaires, les jeunes qui se marient s’installant généralement au-dessus des parents de l’époux.
Dheisheh a été créé un peu avant 1948 (date de la Nakba, la « catastrophe » palestinienne). A cette époque, les premiers massacres avaient lieu dans les villes et les villages palestiniens et les habitants sentaient que le danger ne faisait que grandir. De plus, les magasins, les restaurants étaient régulièrement saccagés. Les Palestiniens ont donc commencé à fuir, et les premiers réfugiés se sont installés dans des tentes. Ils y sont restés jusqu’en 1952-1953. Ensuite, l’UNRWA leur a construit des maisons. Les habitants de Dheishesh sont très fiers de leur camp, qui est très connu pour sa résistance à l’occupation israélienne. Il est parfois même plus facile de trouver un emploi quand on vient de Dheisheh que quand on vient de Bethléem. Le camp était apparemment le premier pôle de résistance jusqu’à la période se situant entre les deux intifadas. Depuis la deuxième intifada (2000), Naplouse et surtout Jénine ont pris le relais et sont devenues les grands symboles de la résistance palestinienne. Mais pendant longtemps, selon Yussef, la plupart des hommes politiques vraiment engagés pour la cause palestinienne et de nombreux prisonniers venaient de Dheisheh. Cela a valu au camp un traitement particulièrement violent de la part de l’armée israélienne, qui entrait tous les jours dans le camp. Encore aujourd’hui, elle y entre régulièrement la nuit. Durant la première intifada, le camp était entouré d’une énorme barrière métallique. Les gens devaient passer de hauts tourniquets pour aller travailler, ce qui signifiait de longues heures d’attente et parfois une interdiction de sortir pour travailler, faire ses courses, se soigner. De la fin des années 80 jusqu’au début des années 90, les réfugiés de Dheisheh se sont vu imposer plusieurs couvre-feux : il y a eu les couvre-feux qui leur étaient imposés durant plusieurs journées d’affilée 24h/24, il y a eu un couvre-feu de plusieurs mois pendant lequel ils ne pouvaient sortir que trois fois par semaine pendant une heure pour aller s’approvisionner de ce qu’ils trouvaient, et il y a eu plusieurs couvre-feux de plusieurs mois durant lesquels ils ne pouvaient ni être dehors ni apparaître aux fenêtres de 6 h du soir à 7 h du matin. Aujourd’hui, les projecteurs sont apparemment moins braqués sur Dheisheh. Les enfants clament encore leur fierté d’être palestiniens et leur envie de résister à l’ennemi israélien, ils lancent parfois des pierres. Mais si les soldats entrent dans le camp la nuit, ils sont couchés.
Ce que je ne m’explique pas, c’est que les Nations Unies, en tant que responsables des réfugiés, gestionnaires et propriétaires des camps, ne se soient jamais opposées aux incursions israéliennes, aux destructions de maisons, aux couvre-feux, etc.
Apparemment, la vie est de plus en plus difficile à Dheisheh. Les habitants du camp font venir la plupart des choses dont ils ont besoin d’Hébron, les fruits et légumes de Jéricho, mais à cause des check-points et de la fermeture de nombreuses routes, les trajets d’une ville à l’autre sont de plus en plus longs et les marchandises de plus en plus chères. De plus, les Palestiniens de Cisjordanie faisaient venir beaucoup de fruits et légumes de Gaza, ce qui est évidemment devenu impossible. Yussef garde espoir : l’Etat israélien va droit dans le mur et ne pourra pas continuer comme cela éternellement. Les grands révolutionnaires venaient du peuple : Jésus, Mohammed, Lénine, Che Guevara (qui a renoncé à la fortune et à l’avenir brillant qui s’offrait à lui). Il veut continuer à croire que le monde changera bientôt.
Dheisheh camp est le plus grand camp de réfugiés de Bethléem. Officiellement, les Nations Unies recensent environ 12.500 habitants à Dheisheh, mais en réalité, leur nombre dépasserait les 16.000, le tout sur un peu plus d’1 km2. Il y a 27 camps de réfugiés dans les territoires occupés de Palestine (19 en Cisjordanie et 8 dans la bande de Gaza), 10 en Jordanie, 12 au Liban et 9 en Syrie. Au total, il y a donc 58 camps de réfugiés palestiniens, dans lesquels 1.327.772 personnes sont enregistrées. Si on ajoute les réfugiés qui ne vivent pas dans les camps, le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés atteint 4.448.429 (ces chiffres datent de décembre 2006 et ont sans doute augmenté, de plus, le nombre de réfugiés non enregistrés est apparemment très élevé).
La présence de ces camps est une des raisons pour lesquelles la création de deux Etats indépendants est si compliquée : où mettrait-on tous ces Palestiniens vivant en Syrie, au Liban, etc ? Et si on pense à la solution d’un Etat où juifs, musulmans et chrétiens vivent ensemble et qu’on prévoit le retour des réfugiés, les juifs deviendraient minoritaires, ce qui n’est absolument pas envisageable pour les Israéliens.
Les habitants de Dheisheh et des autres camps de Bethléem viennent de toute une série de villages qui soit ont été rayés de la carte, soit sont maintenant habités par des Israéliens.
Les camps de réfugiés palestiniens dépendent de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestinian Refugees in the Near East). C’est elle qui les a construits, elle qui paye les professeurs qui y travaillent (dans des classes atteignant souvent cinquante éléves), et également des travailleurs sociaux depuis quelques années. L’UNRWA est aussi supposée subvenir aux besoins vitaux des réfugiés : les fournir en nourriture, électricité, eau et leur donner un peu d’argent. Elle ne remplit ce rôle qu’à moitié et apparemment, les quantités n’ont fait que baisser depuis la création des camps. Les réfugiés sont sous la responsabilité des Nations Unies, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas citoyens de Palestine, qu’ils n’ont généralement pas de passeport palestinien, mais une carte de réfugié.
Le rêve de tout réfugié est de quitter le camp. Parfois, quand l’un d’eux parvient à économiser une somme importante, il achète un terrain et y construit une maison. Mais avec la construction du mur et l’augmentation incessante du nombre et de la taille des colonies, il y a de moins en moins de terrains et leur prix est inaccessible pour la plupart des réfugiés. On assiste donc plutôt à la construction d’étages supplémentaires, les jeunes qui se marient s’installant généralement au-dessus des parents de l’époux.
Dheisheh a été créé un peu avant 1948 (date de la Nakba, la « catastrophe » palestinienne). A cette époque, les premiers massacres avaient lieu dans les villes et les villages palestiniens et les habitants sentaient que le danger ne faisait que grandir. De plus, les magasins, les restaurants étaient régulièrement saccagés. Les Palestiniens ont donc commencé à fuir, et les premiers réfugiés se sont installés dans des tentes. Ils y sont restés jusqu’en 1952-1953. Ensuite, l’UNRWA leur a construit des maisons. Les habitants de Dheishesh sont très fiers de leur camp, qui est très connu pour sa résistance à l’occupation israélienne. Il est parfois même plus facile de trouver un emploi quand on vient de Dheisheh que quand on vient de Bethléem. Le camp était apparemment le premier pôle de résistance jusqu’à la période se situant entre les deux intifadas. Depuis la deuxième intifada (2000), Naplouse et surtout Jénine ont pris le relais et sont devenues les grands symboles de la résistance palestinienne. Mais pendant longtemps, selon Yussef, la plupart des hommes politiques vraiment engagés pour la cause palestinienne et de nombreux prisonniers venaient de Dheisheh. Cela a valu au camp un traitement particulièrement violent de la part de l’armée israélienne, qui entrait tous les jours dans le camp. Encore aujourd’hui, elle y entre régulièrement la nuit. Durant la première intifada, le camp était entouré d’une énorme barrière métallique. Les gens devaient passer de hauts tourniquets pour aller travailler, ce qui signifiait de longues heures d’attente et parfois une interdiction de sortir pour travailler, faire ses courses, se soigner. De la fin des années 80 jusqu’au début des années 90, les réfugiés de Dheisheh se sont vu imposer plusieurs couvre-feux : il y a eu les couvre-feux qui leur étaient imposés durant plusieurs journées d’affilée 24h/24, il y a eu un couvre-feu de plusieurs mois pendant lequel ils ne pouvaient sortir que trois fois par semaine pendant une heure pour aller s’approvisionner de ce qu’ils trouvaient, et il y a eu plusieurs couvre-feux de plusieurs mois durant lesquels ils ne pouvaient ni être dehors ni apparaître aux fenêtres de 6 h du soir à 7 h du matin. Aujourd’hui, les projecteurs sont apparemment moins braqués sur Dheisheh. Les enfants clament encore leur fierté d’être palestiniens et leur envie de résister à l’ennemi israélien, ils lancent parfois des pierres. Mais si les soldats entrent dans le camp la nuit, ils sont couchés.
Ce que je ne m’explique pas, c’est que les Nations Unies, en tant que responsables des réfugiés, gestionnaires et propriétaires des camps, ne se soient jamais opposées aux incursions israéliennes, aux destructions de maisons, aux couvre-feux, etc.
Apparemment, la vie est de plus en plus difficile à Dheisheh. Les habitants du camp font venir la plupart des choses dont ils ont besoin d’Hébron, les fruits et légumes de Jéricho, mais à cause des check-points et de la fermeture de nombreuses routes, les trajets d’une ville à l’autre sont de plus en plus longs et les marchandises de plus en plus chères. De plus, les Palestiniens de Cisjordanie faisaient venir beaucoup de fruits et légumes de Gaza, ce qui est évidemment devenu impossible. Yussef garde espoir : l’Etat israélien va droit dans le mur et ne pourra pas continuer comme cela éternellement. Les grands révolutionnaires venaient du peuple : Jésus, Mohammed, Lénine, Che Guevara (qui a renoncé à la fortune et à l’avenir brillant qui s’offrait à lui). Il veut continuer à croire que le monde changera bientôt.
4 commentaires:
Bonjour Anaele,
il y a quelques jours, nous avons passé une très agréable soirée avec tes parents à Ronquières car nous sommes tous les 4 orphelins de nos enfants qui courent le monde ! on est bien sur ravis de les voir s'envoler du nid mais la maison semble parfois bien vide, alors vive les bons amis surtout s'ils sont dans les environs... don soirée cocoon et on a parlé de toi bien sur et nous nous sommes empressés Evelyne et moi de découvrir ton blog. Un vrai travail de pro, une journaliste doublée d'une historienne ! nous sommes depuis longtemps sensibilisé à la cause palestinienne et comme tu le sais j'y suis allé en mai 2007 à la fois pour découvrir les lieux saints et aussi pour rencontrer divers acteurs palestiniens et israeliens soucieux de faire germer des initiatives de paix et de rapprochement. Nous avons logé à Bethleem dans un hotel juste face au mur le premier soir, ça nous a directement mis dans la situation ! donc de très poignantes rencontres et de très beaux souvenirs. Grace à ton blog, je peux un peu revivre ce séjour et je t'en remercie beaucoup ! j'espère que tu continueras à nous donner des nouvelles car on reste en pensée avec toi et on t'embrasse. Renaud et Evelyne
Hello Nanou,
nous restons très émus par tout ce que nous lisons sur ton blog, et par ce que nous imaginons que tu vis à Bethléem.
Mardi nous irons à Nivelles à une conférence organisée dans le cadre de la campagne " 60 ans de spoliation et d'expulsion" par l'Association Belgo-palestinienne et les groupes solidaires du peuple palestinien.
Les orateurs seront Tal Dor, qui représente l'organisation Zochrot, et parlera donc de la nécessité pour Israël de respecter le devoir de mémoire afin de pouvoir entamer une véritable démarche de paix, et Nidal al Azzeh qui représente l'organisation palestinienne Badil, qui revendique la reconnaissance du droit des réfugiés au retour, et qui travaille en commun avec Zochrot.
Tu as déjà certainement entendu parler de ces organisations, peut-être déjà rencontré certains membres, en tout cas il me semble que tu nous en a parlé à Ronquières avant de partir.
Nous irons donc à cette conférence en pensant beaucoup à notre Nanou de palestine!
D'autre part, pourrais-tu nous rappeler si tu t'en souviens des 4 dates importantes dans l'histoire d'Israël et donc de la Palestine, selon B. Khader.
Merci de rafraichir nos mémoire.
Nous t'embrassons bien tendrement
Maman et Papa
Salut Anaële,
Quand on parle de camp de réfugiés, d'un côté me vient l'image d'un grand camp avec des tentes et la croix-rouge... mais j'imagine que ce n'est pas vraiment le cas pour des camps qui sont existent depuis très longtemps. Est-ce que tu peux un peu expliquer à quoi ça ressemble?
Merci merci...
On me demande à quoi ressemblent les camps de réfugiés, et là, je râle vraiment de ne pas réussir à vous envoyer des photos. Les réfugiés palestiniens ne vivent évidemment plus dans des tentes, même s’ils y ont passé plusieurs années (je crois que ça a duré 4 ou 5 années pour la plupart).
Les camps de réfugiés palestiniens sont construits en dur, mais on les reconnaît tout de suite. Comme ils ont tous été construits par les Nations Unies plus ou moins en même temps, ils se ressemblent.
Quand l’UNRWA a construit les maisons des réfugiés, elles avaient à peine 2 ou 3 pièces pour des familles très nombreuses. Beaucoup de réfugiés ont ensuite agrandi leur maison, généralement en la faisant monter sur plusieurs étages, parfois même en l’étalant sur la largeur, en y créant une petite cour, pour les chanceux.
Comment reconnaître un camp alors ? D’abord, les rues sont très étroites : dans certaines, une voiture peut tout juste passer, d’autres font plus ou moins un mètre de largeur, parfois un peu plus. Les maisons sont généralement grises, les rues aussi, le camp est un labyrinthe de béton recouvert de graffitis en arabe. Il n’y a pas d’espace de jeux pour les enfants. Comme il n’y a pas de voiture, ils traînent souvent dans les ruelles, où ils jouent avec ce qu’ils trouvent. Les camps de réfugiés sont aussi reconnaissables à leurs écoles, entourées de grandes grilles avec des panneaux bleus ciels de l’UNRWA.
Les camps de réfugiés sont souvent en périphérie de la ville. Mais à Bethléem, deux d’entre eux sont à l’intérieur de la ville, peut-être parce que la ville s’est agrandie et a fini par s’étaler jusqu’aux camps et au-delà…
Le camp de Dheisheh a été construit tout près d’une espèce de petit aéroport. C’est là que Mister Bush est descendu quand il est venu à Bethléem. Il n’est évidemment pas allé dans le camp, mais il y avait quand même des flics partout. Et tous les habitants de Bethléem ont été forcés de rester chez eux pendant sa visite. Il s’est donc promené dans un Bethléem désert, vidé de ses habitants. On dirait bien que ça ne lui a pas posé de problème.
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