

Photos: 1. Le dome du rocher. 2. La vieille ville, quartier arabe. 3. Des Juifs orthodoxes traversant le souk arabe. 4. Un check point dans Jérusalem, il suffit d'un de ces panneaux de béton pour le refermer. 5. Le projet d'une nouvelle colonie, qui est déjà en partie construite. 6. Une maison détruite.
Jérusalem, j’y suis allée peut-être une dizaine de fois, et cette ville m’échappe encore et toujours.
Il y a d’abord la vieille ville, où un juif orthodoxe avec toque en fourrure et peignoir brillant croise un petit vendeur criant en arabe et utilisant un vieux pneu en guise de frein pour sa charrette. Les groupes de touristes avec casquettes fluo et badges du tour opérateur côtoient les curés, les jeunes cools israéliens, les presseurs d’oranges et les vendeurs de bizarreries en tout genre. Les pèlerins passent en portant une grosse crois en bois au milieu du souk arabe. J’aime son chaos et sa foule, ses couleurs et ses vieilles pierres, ses mélanges et ses contradictions, mais la vieille ville m’échappe encore.
Au centre de la vieille ville, il y l’esplanade des mosquées, le troisième lieu le plus saint de l’islam, et au pied de cette esplanade, le mur des Lamentations, le lieu le plus saint du judaïsme. Le temple juif se situerait donc en quelque sorte sous l’esplanade et certains veulent le restaurer et y construire aussi une synagogue. Mais là-haut, sous le dôme du rocher, il y a la pierre d’où Mohammed se serait élevé pour rejoindre Dieu au ciel, et il se fait que cette même pierre est apparemment considérée comme celle sur laquelle Abraham aurait failli sacrifier son fils. Voilà les deux religions bien emberlificotées… A l’entrée, un panneau prévient les Juifs que la Torah ne les autorise pas à pénétrer dans ce lieu. Mais alors, quand Ariel Sharon et son armée se sont rendus sur l’esplanade, non seulement, ils ont provoqué tous les musulmans, mais ils ont aussi failli s’attirer la vindicte de leur propre Dieu… Sur l’esplanade, les touristes ne sont autorisés que deux heures par jour, et ils ne peuvent pas rentrer dans les mosquées. Alors, oui, j’adore l’ambiance paisible de cette esplanade, les familles qui s’y reposent et s’y recueillent, l’architecture éblouissante de beauté du dôme du rocher, mais ce lieu m’échappe encore.
En dehors de la vieille ville, il y a tout d’abord Jérusalem Ouest. C’est énorme, et ça pourrait ressembler à n’importe quelle grande ville occidentale… s’il n’y avait ces juifs orthodoxes à tous les coins de rue, parfois en complet noir, parfois en peignoir, avec longue barbe et crollettes sur le côté. Leurs tenues ne sont définitivement pas adaptées au Moyen-Orient. Les jeunes Israéliens non religieux, eux, font des soirées reggae, boivent, fument, et vont parfois assister à un repas traditionnel de shabbat dans une famille plus religieuse. Eh oui, Jérusalem Ouest m’échappe aussi.
Enfin, il y a Jérusalem Est, et alors, là, bonjour pour s’y retrouver. Les habitants arabes de Jérusalem ont une carte bleue, contrairement aux habitants de la Cisjordanie, qui ont une carte verte. Comme les premiers vivent à Jérusalem, ils ont aussi la possibilité de circuler en Israël. Mais l’Etat d’Israël tente de réduire leur nombre. Si un habitant de Jérusalem reste quelques années (apparemment, le nombre exact varie d’une personne à l’autre) à l’étranger, il n’aura plus le droit à la carte bleue à son retour et sera donc amené à s’installer en Cisjordanie ou à frauder. Si le possesseur d’une carte bleue se marie avec une personne ayant une carte verte, cette dernière n’obtiendra pas de carte bleue, ils ont alors deux possibilités : vivre séparés ou vivre tous les deux en Cisjordanie, auquel cas, le possesseur de la carte bleue la perdra et n’aura bientôt plus le droit d’aller visiter sa famille et ses amis à Jérusalem. Les écoles arabes de Jérusalem sont surpeuplées. Certains parents ne trouvent pas de place pour leurs enfants. Seulement voilà, si l’enfant est inscrit dans une école hors de Jérusalem, quand il aura 16 ans et voudra sa carte bleue, on lui demandera les papiers de l’école et puis on lui signifiera qu’il n’est pas habitant de Jérusalem s’il n’y est pas à l’école.
Par ailleurs, à l’intérieur des quartiers arabes, de nombreuses maisons sont détruites (avec les taxes des résidents évidemment) ou encore annexées pour y installer des Juifs. Ainsi, un Juif américain super riche du nome de Moskovitch essaye d’acquérir tout un quartier sous prétexte qu’on y aurait retrouvé des os appartenant à un saint. Des colons ont réussi à occuper la moitié d’une maison palestinienne pendant que la famille était en Jordanie pour une opération. Depuis, ils habitent là, laissant à la famille le soin de payer leurs factures d’eau et d’électricité, les harcelant, envoyant leurs enfants s’entraîner devant leur fenêtre à tirer sur des cartons représentant des Palestiniens, etc. Le plus dramatique, c’est que si cette maison tombe aux mains de Moskovitch, il réussirait apparemment à annexer les 17 maisons autour par un tour de passe-passe juridique, prétextant qu’elles sont toutes dans la même situation.
Dans d’autres quartiers, ce même Moskovitch construit des colonies à l’intérieur d’espaces laissés vides dans Jérusalem Est, les routes y menant seront réservées aux Israéliens, ce qui va rendre la vie de tous les Arabes habitant dans les environs bien plus compliquées.
Bon, il y a aussi évidemment le mur qui traverse Jérusalem Est…
Les Israéliens rêvent de construire un grand Jérusalem, une capitale indivisible de l’Etat israélien (selon certains, Bethléem devrait d’ailleurs en faire partie). Alors, de nombreux villages situés à l’Est de Jérusalem ont été détruits. Des colonies appelées « faubourg de Jérusalem » y ont été construits. Pour annexer les terres appartenant à certains villages proches de Jérusalem, il y a un truc simple : on construit le mur et on laisse une maison toute seule du côté israélien, on propose aux habitants de racheter la maison, ils acceptent pour pouvoir retrouver leur village, leur famille. Une fois qu’on a les papiers prouvant la propriété de la maison, il est facile d’annexer toutes les terres autour.
Voilà quelques-uns des nombreux trucs et astuces utilisés par Israël pour repousser les Palestiniens hors de Jérusalem. Il se passe le même genre de choses dans la vieille ville. De plus en plus de bâtiments arabes passent aux mains des Israéliens, qui y mettent fièrement des tas de petits drapeaux (« c’est à nous, nananèreee »). Jérusalem se transforme lentement… mais sûrement. Mais il y a quand même un truc que les Israéliens ont oublié : les Arabes font beaucoup plus d’enfants qu’eux, et la bataille démographique, ils ne sont pas prêts de la gagner. Les Palestiniens sont parfois entassés avec des tas de gosses dans de toutes petites maisons, mais ils ne sont pas prêts à partir. Eh oui, tout le monde s’accroche à cette ville trois fois sainte, qui, avec toutes ces tensions, a pourtant tout du cauchemar.
Il y a d’abord la vieille ville, où un juif orthodoxe avec toque en fourrure et peignoir brillant croise un petit vendeur criant en arabe et utilisant un vieux pneu en guise de frein pour sa charrette. Les groupes de touristes avec casquettes fluo et badges du tour opérateur côtoient les curés, les jeunes cools israéliens, les presseurs d’oranges et les vendeurs de bizarreries en tout genre. Les pèlerins passent en portant une grosse crois en bois au milieu du souk arabe. J’aime son chaos et sa foule, ses couleurs et ses vieilles pierres, ses mélanges et ses contradictions, mais la vieille ville m’échappe encore.
Au centre de la vieille ville, il y l’esplanade des mosquées, le troisième lieu le plus saint de l’islam, et au pied de cette esplanade, le mur des Lamentations, le lieu le plus saint du judaïsme. Le temple juif se situerait donc en quelque sorte sous l’esplanade et certains veulent le restaurer et y construire aussi une synagogue. Mais là-haut, sous le dôme du rocher, il y a la pierre d’où Mohammed se serait élevé pour rejoindre Dieu au ciel, et il se fait que cette même pierre est apparemment considérée comme celle sur laquelle Abraham aurait failli sacrifier son fils. Voilà les deux religions bien emberlificotées… A l’entrée, un panneau prévient les Juifs que la Torah ne les autorise pas à pénétrer dans ce lieu. Mais alors, quand Ariel Sharon et son armée se sont rendus sur l’esplanade, non seulement, ils ont provoqué tous les musulmans, mais ils ont aussi failli s’attirer la vindicte de leur propre Dieu… Sur l’esplanade, les touristes ne sont autorisés que deux heures par jour, et ils ne peuvent pas rentrer dans les mosquées. Alors, oui, j’adore l’ambiance paisible de cette esplanade, les familles qui s’y reposent et s’y recueillent, l’architecture éblouissante de beauté du dôme du rocher, mais ce lieu m’échappe encore.
En dehors de la vieille ville, il y a tout d’abord Jérusalem Ouest. C’est énorme, et ça pourrait ressembler à n’importe quelle grande ville occidentale… s’il n’y avait ces juifs orthodoxes à tous les coins de rue, parfois en complet noir, parfois en peignoir, avec longue barbe et crollettes sur le côté. Leurs tenues ne sont définitivement pas adaptées au Moyen-Orient. Les jeunes Israéliens non religieux, eux, font des soirées reggae, boivent, fument, et vont parfois assister à un repas traditionnel de shabbat dans une famille plus religieuse. Eh oui, Jérusalem Ouest m’échappe aussi.
Enfin, il y a Jérusalem Est, et alors, là, bonjour pour s’y retrouver. Les habitants arabes de Jérusalem ont une carte bleue, contrairement aux habitants de la Cisjordanie, qui ont une carte verte. Comme les premiers vivent à Jérusalem, ils ont aussi la possibilité de circuler en Israël. Mais l’Etat d’Israël tente de réduire leur nombre. Si un habitant de Jérusalem reste quelques années (apparemment, le nombre exact varie d’une personne à l’autre) à l’étranger, il n’aura plus le droit à la carte bleue à son retour et sera donc amené à s’installer en Cisjordanie ou à frauder. Si le possesseur d’une carte bleue se marie avec une personne ayant une carte verte, cette dernière n’obtiendra pas de carte bleue, ils ont alors deux possibilités : vivre séparés ou vivre tous les deux en Cisjordanie, auquel cas, le possesseur de la carte bleue la perdra et n’aura bientôt plus le droit d’aller visiter sa famille et ses amis à Jérusalem. Les écoles arabes de Jérusalem sont surpeuplées. Certains parents ne trouvent pas de place pour leurs enfants. Seulement voilà, si l’enfant est inscrit dans une école hors de Jérusalem, quand il aura 16 ans et voudra sa carte bleue, on lui demandera les papiers de l’école et puis on lui signifiera qu’il n’est pas habitant de Jérusalem s’il n’y est pas à l’école.
Par ailleurs, à l’intérieur des quartiers arabes, de nombreuses maisons sont détruites (avec les taxes des résidents évidemment) ou encore annexées pour y installer des Juifs. Ainsi, un Juif américain super riche du nome de Moskovitch essaye d’acquérir tout un quartier sous prétexte qu’on y aurait retrouvé des os appartenant à un saint. Des colons ont réussi à occuper la moitié d’une maison palestinienne pendant que la famille était en Jordanie pour une opération. Depuis, ils habitent là, laissant à la famille le soin de payer leurs factures d’eau et d’électricité, les harcelant, envoyant leurs enfants s’entraîner devant leur fenêtre à tirer sur des cartons représentant des Palestiniens, etc. Le plus dramatique, c’est que si cette maison tombe aux mains de Moskovitch, il réussirait apparemment à annexer les 17 maisons autour par un tour de passe-passe juridique, prétextant qu’elles sont toutes dans la même situation.
Dans d’autres quartiers, ce même Moskovitch construit des colonies à l’intérieur d’espaces laissés vides dans Jérusalem Est, les routes y menant seront réservées aux Israéliens, ce qui va rendre la vie de tous les Arabes habitant dans les environs bien plus compliquées.
Bon, il y a aussi évidemment le mur qui traverse Jérusalem Est…
Les Israéliens rêvent de construire un grand Jérusalem, une capitale indivisible de l’Etat israélien (selon certains, Bethléem devrait d’ailleurs en faire partie). Alors, de nombreux villages situés à l’Est de Jérusalem ont été détruits. Des colonies appelées « faubourg de Jérusalem » y ont été construits. Pour annexer les terres appartenant à certains villages proches de Jérusalem, il y a un truc simple : on construit le mur et on laisse une maison toute seule du côté israélien, on propose aux habitants de racheter la maison, ils acceptent pour pouvoir retrouver leur village, leur famille. Une fois qu’on a les papiers prouvant la propriété de la maison, il est facile d’annexer toutes les terres autour.
Voilà quelques-uns des nombreux trucs et astuces utilisés par Israël pour repousser les Palestiniens hors de Jérusalem. Il se passe le même genre de choses dans la vieille ville. De plus en plus de bâtiments arabes passent aux mains des Israéliens, qui y mettent fièrement des tas de petits drapeaux (« c’est à nous, nananèreee »). Jérusalem se transforme lentement… mais sûrement. Mais il y a quand même un truc que les Israéliens ont oublié : les Arabes font beaucoup plus d’enfants qu’eux, et la bataille démographique, ils ne sont pas prêts de la gagner. Les Palestiniens sont parfois entassés avec des tas de gosses dans de toutes petites maisons, mais ils ne sont pas prêts à partir. Eh oui, tout le monde s’accroche à cette ville trois fois sainte, qui, avec toutes ces tensions, a pourtant tout du cauchemar.





