lundi 18 août 2008

Tulkarem











Endormie dans la chaleur de son climat propice aux bananiers et dattiers, Tulkarem est une petite ville de province palestinienne tout ce qu'il y a de plus normal. Il n'y a à Tulkarem ni association ni ONG et je n'y ai vu aucun étranger.C'est d'ailleurs bien la première fois qu'on pense que je suis arabe et que tout le monde me parle spontanément en arabe. Accueillie dans la famille de Wala, je me suis donc plongée dans la culture et les habitudes tulkaremiennes le temps d'un week-end.
Sans avoir la réputation de Naplouse ou Jénine, Tulkarem a sa dose de martyrs. Je fais la route depuis Ramallah avec une jeune fille qui a perdu son frère dans une embuscade de l'armée israélienne sur la route qui mène à Tulkarem. Tous les jours, elle repasse par là pour aller étudier et le sentiment d'injustice est au moins aussi fort que sa tristesse: "ils cherchaient quelqu'un d'autre, ils se sont trompés, me dit-elle avec un sourire las. J'arrive dans la famille de Wala, qui vivait avant dans le camp de Tulkarem et puis a déménagé juste à coté. On le traverse pour aller en ville, les maisons sont pauvres et striées de balles. Les enfants trainent dehors. Ici, pas de camp d'été, pas d'ONG qui propose des activités. Wala me raconte qu'il y a trois ans, le camp a été sous couvre-feux pendant quinze jours. Lorsque les gens ont enfin pu sortir de chez eux, ils ont découvert qu'il y avait eu 25 martyrs. On croise sa tante, elle me dit que ses trois fils sont en prison, la famille n'a pas été rassemblée depuis des années.
Mais ce jour-la n'est pas un jour ou l'on se plaint, c'est jour de mariage, comme tous les jours en Cisjordanie, et il faut célébrer… dans la joie. Certes, la moitié de la famille de la mariée n'a pas pu venir - habitant dans un village coupé en deux par le mur, ils ont eu peur de ne pas pouvoir repasser le check point pour retourner chez eux dans la nuit – eh bien, ils viendront la fois prochaine. Ce soir, c'est soir de fête. Et on se pouponne, on se prépare, on enfile une longue tunique noire (le hibab) et un voile (le hijab). Et les fêtes sont quand même un peu spéciales dans les milieux musulmans traditionnels. C'est le jour des femmes. A part les enfants et le mari, tout représentant du sexe opposé est proscrit, on a même une camerawoman et une D.J. Il y a une petite scène avec un divan sur lequel le couple est assis, une petite scène un peu plus basse qui sert de piste de danse et puis des tas de chaises derrière des tables, pour que les femmes s'asseyent et regardent les différentes parties de la cérémonie. D'abord, les mariés dansent et puis tout le monde les suit. Plus tard, on apporte un coffret plein de bijoux, que le marié offre à la mariée, en l'aidant à les porter. Ensuite, la mariée se couvre d'une petite cape blanche (eh oui, elle avait les cheveux découverts et même un décollète et un dos nu!), car les hommes de la famille vont entrer. Ils offrent de l'argent en l'accrochant au marié qui se transforme petit à petit en arbre à dinars et shekels, pendant que la mariée reste stijve comme une reine des glaces. Puis vient la famille de la mariée, alors le marié se débarrasse de ses billets et la mariée reçoit de l'argent qu'elle saisit de sa main à travers sa cape blanche (il ne faudrait tout de même pas qu'elle touche la main d'un homme), et donne à sa sœur cachée derrière avec un sac. Voila, on fait des photos, et puis on s'en va, la fête a duré deux heures.
Je mange avec la famille de Wala sur la terrasse et puis on rentre dans cette énorme maison sans meuble. Les parents préfèrent envoyer leurs filles à l'université… On met des matelas par terre dans différentes pièces et on essaye de dormir. C'est jour de fête dans la famille, mais la "situation" finit par nous rattraper. On entend des bruits de jeep, des coups de feu. L'armée rentre dans le camp. "Ils ont leurs traditions, comme nous", me dit Wala. Ils restent une bonne heure et puis repartent. On verra demain s'il y a des prisonniers, des blessés, ou pire…
Tulkarem, une petite ville palestinienne tout ce qu'il y a de plus normal, avec ses mariages, ses souks, ses incursions de l'armée, et surtout… surtout son hospitalité. Je suis arrivée avec un petit sac, je repars avec deux grands sacs, chargés de menthe, sauge, grenades, citron, olives, huile d'olive, pâtisseries, un nouveau hijab, des sandwichs pour la route, une figurine de Petra, etc.
Photos: 1. Wala et moi sur le toit de sa maison. 2. Le camp de Tulkarem depuis le toit de la maison de Wala. 3. L'eglise de Tulkarem. Il y a apparemment une famille chretienne dans la ville, on dirait que l'eglise n'est plus fort utilisee... 4. Une rue comme les autres...

1 commentaire:

Marie-Noël et André a dit…

Qu'elle est belle la photo de ces 2 jeunes arabes souriantes!