2. Camp aux PaysBas avec Israéliens et Palestiniens: Tous dans le même bateau!
3. Camp aux PaysBas avec Israéliens et Palestiniens: une Palestinienne et une Israélienne... papillon ou démon?
4. Célébration du nouvel an juif, rosh hashana
Voilà plusieurs semaines que je voudrais écrire un article sur ma relation à Israël et aux Israéliens et je n’arrive pas à commencer, à structurer mes pensées. C’est un sujet qui me tient à cœur, qui est très délicat. J’essaye donc, désolé d’avance si vous ne comprenez pas toute ma logique… ou mon manque de logique !!
Pour en revenir au début pour moi, le premier souvenir que j'ai de mon intérêt pour le conflit remonte à mon séjour en Afrique du Sud en 2001. Venant de Belgique où les médias sont réputés plutôt pro-palestiniens, j'étais intéressée de connaître l'avis très pro-israélien des Sud-Africains blancs qui s'identifient aux Israéliens. Moi qui ne lis que des romans, j'ai été assez motivée pour lire, en anglais, la biographie de Golda Meir et le livre de la fille de Yitzhak Rabin ! Ensuite, pendant plusieurs années, j'ai rêvé d'aller dans la région, 6 mois en Israël et 6 mois en Palestine, pour connaître les deux visions ! Puis j’ai rencontré différentes personnes, j’ai été à des conférences… et j’ai finalement décidé de partir un mois l’année passée avec mon amie Anaële.
A ce stade j'avais donc changé de vision : de vouloir connaître les deux côtés, je n’allais plus qu’en Palestine (et en Israël mais avec des Palestiniens uniquement). En Europe on valorise l'objectivité et la neutralité au point que cela devienne parfois une peur de se positionner. Après avoir voulu aller dans les deux « pays » pour garder ce recul critique, j'assume maintenant que je soutiens la cause palestinienne. En effet, je pense qu'il ne s'agit pas uniquement ici d'un conflit avec des enjeux importants et défendables des deux côtés. Il s'agit en plus d'un peuple sous occupation, sans lobby économique comparable au lobby juif américain, sans représentation politique sérieuse, sans soutien politique extérieur sérieux. C'est dans ce sens que j'estime qu'il faut défendre la cause palestinienne. Parce que le rapport de forces est complètement inégal, parce que les injustices sont nombreuses.
Je suis donc clairement contre 99% de la politique israélienne. Mais il ne faut pas en conclure que je suis contre les Israéliens. Pendant le mois d’août, j’ai participé à un camp pour la paix aux Pays-Bas, avec des Israéliens et des Palestiniens. J’ai donc eu l’occasion de rencontrer quelques Israéliens avec qui j’ai eu de nombreuses discussions passionnantes, qui m’ont fait comprendre beaucoup de choses… et qui sont devenus des amis ! En Israël, ces jeunes sont tous considérés plutôt de gauche, engagés pour la Palestine. Et pourtant… il y a de nombreux points sur lesquels je ne suis pas d’accord avec eux ! Mais il y a aussi des points d’accord ! Surtout, je prends maintenant mieux conscience des enjeux pour eux dans le conflit, je comprends (ou au moins j'essaye !) certaines de leurs peurs et volontés.
Je fais la différence entre la politique israélienne et les citoyens israéliens qui veulent simplement vivre leur vie du mieux qu’ils peuvent. Et pourtant… pourtant il y a quelque chose en moi qui continue à penser que chaque citoyen israélien a une part de responsabilité. Je ne sais pas si je peux penser ça, si je peux juger mes amis et les citoyens israéliens en général. Je ne sais pas comment je ferais à leur place, dans une société et un pays avec lequel je ne suis pas d’accord mais dont je ferais partie, ainsi que toute ma famille et mes amis. Mais je continue de penser que les citoyens devraient pouvoir faire quelque chose. Mes amis israéliens me disent que c’est quasi impossible de refuser le service militaire, mais certains le font… Mes amis me disent que c’est interdit d’aller en CisJordanie, mais certains le font… Et puis si je ne crois plus que les citoyens peuvent changer quelque chose, dans quelle possibilité de changement je peux encore croire ???
Cette semaine j’ai été à Haifa et à Tel Aviv dans les familles de deux amies, pour fêter le nouvel an juif. Les familles ont été adorables avec moi en m’invitant et en m’expliquant chaque tradition et bénédiction. Ils ont été adorables, j’ai été profondément touchée de leur sens de l’hospitalité (qui est apparemment un trait culturel israélien). Et pourtant, dans une des deux familles, j’ai été mal à l’aise de voir ces kippas sur la tête, ce silence sur mes expériences en Palestine, ces bénédictions basées sur la protection « contre les ennemis »… Mon amie m’a dit la difficulté qu’elle-même avait de parler avec ses grands-parents particulièrement fermés aux arabes.
Il faut dire que même s’ils ne le veulent pas, tous les citoyens sont impliqués dans le conflit par leur service militaire de 3ans. Israël, l’armée israélienne, c’est la somme de tous ces individus ! Même sans le vouloir, je considère que chacun d’eux participe à la politique israélienne et à l’occupation. J’ai été très touchée par le témoignage d’une amie qui parle d’une nuit qu’elle a dû passer à un checkpoint, comme soldat : « En une nuit, j’ai compris tout la colère des Palestiniens envers la situation et en même temps je ne les ai jamais autant détestés ». Les Israéliens sont donc aussi des pions dans cette situation, on les oblige à rester des heures durant à contrôler un checkpoint où il n’y a que de la haine, des deux côtés du guichet… Eux aussi sont pris dans une situation où leur marge de manœuvre est faible et où ils sont amenés à détester l’ennemi.
Je reviens confuse de ces deux jours. Je ne peux plus détester Israël, après l’accueil que me font mes amis ! Mais qui détester, sur qui projeter ma colère ?
Aujourd’hui, alors que j’éprouve tellement de difficultés à ordonner mes émotions et mes idées, je suis d’autant plus impressionnée des Palestiniens qui s’engagent dans des rencontres avec des Israéliens.
Dans les discussions sur ce conflit, on se sent toujours obligés de se positionner. On est d’un camp ou de l’autre. On est donc ennemi d’un camp ou de l’autre. Je suis clairement du côté palestinien, je suis contre la politique israélienne. Quand je rencontre des Européens qui voyagent en Israël, je me surprends parfois à vouloir les juger.
D’autre part, comme Européen, on a cette tendance écrite ci-dessus à vouloir rester neutre et objectif. Je pense que ce désir d’objectivité cache en fait le sentiment de culpabilité que les Européens garderont longtemps envers les Juifs. J'ai réalisé comme, en Belgique, quand je parle de mes voyages en Palestine à quelqu’un qui ne me connait pas bien, je me sens obligée de préciser que je n'oublie pas le côté israélien du conflit. J’explique toujours que j’ai participé à un camp avec des Israéliens. Je donne ces précisions pour moi-même et pour mon interlocuteur, pour « prouver » que je n’ai rien contre les Juifs. Vraiment, je serais paniquée, honteuse, confuse si quelqu'un pouvait me juger antisémite. Et c'est alors que je me sens si triste de voir le pouvoir qu'a le sionisme israélien sur le monde, si triste de voir comment le « plus jamais ça » est devenu « n'osez plus jamais la moindre critique ! ».
Heureusement mes amis Israéliens ne raisonnent absolument pas comme cela ! Au contraire, mon message est aussi de montrer qu’il y a en Israël des gens très engagés. Hélas, ce n’est pas la majorité. Israël est caractéristique par sa diversité. Entre les Juifs ultra-orthodoxes, les Juifs religieux, les colons, les jeunes branchés de Tel Aviv, il y a à boire et à manger ! Des opinions extrêmes se confrontent et ils peuvent être heureux d’avoir un ennemi commun pour ne pas s’entre-déchirer ! Malheureusement, je pense que la majorité des Israéliens est blasée et sait peu de choses. Et les Israéliens opposés à leur gouvernement pensent qu’ils ne peuvent rien y changer.
Quant à moi, j’avoue que je ne sais pas dans quelle possibilité de changement je peux croire…
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