Un beau samedi matin d’octobre, Anaële et moi sommes allées à Ni’lin pour aider à la récolte d’olives. Petite explication de l’importance de ce phénomène.
La Palestine, ce sont les oliviers. Ils sont partout ! En dehors des villes, le pays (euh, je veux dire… ce petit territoire morcelé sans aucun statut !) est couvert de collines composées de terrasses d’oliviers. Ces paysages s’étendent à l’infini, et on ne s’en lasse pas ! La culture palestinienne est donc basée sur l’olive. Tout ici se mange avec de l’huile d’olive (et de préférence beaucoup !). Les olives préparées pimentées, nature, au citron, noires ou vertes, … sont très souvent servies à table. L’olive est le revenu de base de tout paysan palestinien. Et même si beaucoup de Palestiniens actuellement ont des jobs « modernes » (employés dans des entreprises de télécom, ministères, vendeurs…), ils ont tous des ancêtres cultivateurs d’oliviers et des terres héritées (souvent confisquées !) dont ils gardent un attachement inconditionnel. Et si leurs revenus ne dépendent plus directement des oliviers (je parle donc ici uniquement de ces Palestiniens engagés dans d’autres secteurs économiques !), ils gardent très souvent quelques oliviers qui leur sont bien utiles pour leur consommation personnelle annuelle.
Seulement, comme vous le savez, il y a dans ce pays une armée occupante, des colons israéliens et un mur… Quand on parle du conflit israélo-palestinien, on parle avant tout de territoires disputés. Après les problèmes liés aux millions de réfugiés palestiniens, il y a donc les problèmes liés au vol des terres agricoles. Les colonies israéliennes en Cisjordanie s’implantent dans des endroits non habités mais exploités par des Palestiniens, donc vitaux pour eux. Le mur de séparation entre Israël et la Palestine occupée va bien au-delà de la frontière internationalement reconnue (dite « la ligne verte ») et accapare ainsi sur des dizaines et centaines de km les terres palestiniennes. De nombreuses terres sont ainsi passées de l’autre côté du mur. Leurs propriétaires doivent demander un permis spécial pour aller les exploiter. Ces permis sont très difficiles à obtenir, et finalement n’autorisent parfois que quelques heures de passages… ou pas du tout !
L’armée israélienne défend donc l’accès des paysans à ces terres occupées par les colons ou utilisées pour « motifs sécuritaires ». En plus de ce problème pour les paysans palestiniens, il y a aussi l’hostilité des colons. Le but des colons israéliens est donc un Grand Israël qui s’étendrait de la Mer Méditerranéenne au Jourdain (et pour les plus extrémistes jusqu’à l’Irak !). Dans ce but, les colons font donc tout pour gâcher la vie des Palestiniens et qu’ils s’en aillent… Je n’ai pas trop envie de m’attarder sur ce sujet. Les colonies israéliennes, c’est le cœur du conflit. L’attitude des colons est complètement inhumaine à mes yeux. La majorité des Israéliens est d’accord : les colons idéologiques sont des extrémistes sans morale qui bouchent toute sortie possible du conflit[1]. Concernant la récolte des olives, qui a lieu pendant les mois d’octobre-novembre, les colons font tout pour entraver la récolte des Palestiniens. Ils viennent menacer, crier, lancer des pierres, tirer avec des armes… sur les Palestiniens. Les Israéliens, qu’on admire toujours pour leur travail dans les kibboutzim pour « faire fleurir le désert du Néguev » n’hésitent pas à déraciner des oliviers et brûler des champs entiers (que ce soient les colons ou l’armée « pour motifs sécuritaires »)
Pendant ce mois, il ya donc des centaines d’activistes internationaux et israéliens (oui oui, bien sur, il y a des israéliens activistes fantastiques !) qui viennent aider les Palestiniens à récolter les olives. Par leur présence, ils essayent d’empêcher les problèmes, espèrent que les colons et les soldats hésiteront un petit peu plus à faire acte de violence contre les paysans palestiniens. C’est vrai parfois… mais pas toujours !
Voilà donc pour l’aspect « politique » de la récolte. Cependant, le jour où nous sommes allés à Ni’lin, il était déjà trop tard pour aller récolter dans les endroits les plus « chauds », près du mur et des colonies. Nous avons donc été dans une famille et leur terrain tout paisible et ce fut une matinée d’une incroyable beauté ! Aider à ce phénomène si essentiel et vital de la culture palestinienne, grimper dans un arbre et en ôter tous ses précieux cadeaux, entendre les olives tomber sur les bâches de plastique, se sentir unis au sein d’une simple famille de Palestiniens, participer aux petites discussions et blagues pendant le travail, se reposer autour du thé de sauge, écouter le silence… J’ai savouré chaque seconde de cette matinée ! Et je cherche d’autres occasions ces weekends-ci de récolter, de préférence avec des groupes d’activistes cette fois !
[1] Il faut cependant ajouter qu’à côté des colons idéologiques, il y a aussi de nombreux colons économiques, qui viennent s’installer en Cisjordanie parce que l’Etat leur offre des conditions très avantageuses! Ces gens-là sont souvent assez peu au courant des conséquences de leur présence en Palestine occupée.
2 commentaires:
Ah! Contente de voir que tu as sélectionné la photo que j'espèrais bien voir sur notre : Roxanneke qui ESSAYE de séparer les olives des feuilles. Contente aussi que tu aies recommencé à écrire. Allez, je vais suivre ton exemple et m'y remettre aussi.
Bonjour les filles, il est super votre blog, j'en fais actuellement mon livre de chevet!
J'espère que nous aurons l'occasion de nous rencontrer en décembre.
Ingrid
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