Difficile d’écrire sur Hébron (Al-Khalil pour les Palestiniens). Il y a énormément de choses à en dire, mais aucune ne permet d’exprimer ce qu’on y ressent, cette impression que la folie humaine est à son comble exactement à ce point du globe.
Je me suis rendue à nouveau à Hébron samedi passé, et nous avons passé la journée avec B, un jeune de l’université. Il adore cette ville et ne souhaite vivre nulle part ailleurs. Il est fier de la vitalité d’Hébron : c’est le deuxième centre économique de la Palestine, autant au niveau industriel que commercial. Mais B. habite dans un village près d’Hébron, et son université se trouve dans la nouvelle ville, donc dans H1. Car Hébron est séparée en deux zones, l’une sous contrôle palestinien (H1) et l’autre sous contrôle israélien (H2). Cette dernière est habitée par 20 000 Palestiniens et … 450 colons, auxquels il faut ajouter plus de 2000 soldats qui les protègent.
C’est dans les années 1970 que des juifs ont commencé à s’installer à Hébron et à y créer des colonies, supportés par le gouvernement et donc protégés par l’armée. Nulle part ailleurs en Palestine, des colons se sont installés à l’intérieur même d’une ville. La justification de ceux-ci est religieuse évidemment : il s’agit de la ville des Patriarches, qui abrite les tombeaux d’Abraham, Isaac et Jacob (prophètes dans les trois religions monothéistes). Ils ont donc construit ou squatté des bâtiments, toujours en hauteur, pour surplomber les Palestiniens, ce qui les permet de les harceler plus facilement, entre autres en jetant des pierres, des vieilles chaussures et autres détritus, d’où les grillages au-dessus de certaines rues de la vieille ville, qui n’empêchent malheureusement pas les colons de jeter de l’eau sale ou des acides qui brûlent les vêtements et la peau. Les colons de Hébron sont généralement considérés comme les plus extrémistes.
Avant, la mosquée d’Abraham (Ibrahim) était accessible à tout le monde, mais juifs et musulmans priaient à des heures différentes. En 1994, juste après les accords de paix d’Oslo, le Docteur Baruch Goldstein est entré dans la mosquée au moment de la prière musulmane et a ouvert le feu, tuant 29 Palestiniens et en blessant 200… et faisant malheureusement de nombreux admirateurs… encore aujourd’hui. Le lieu saint a ensuite été séparé en une mosquée et une synagogue, ne permettant aucun contact entre juifs et musulmans. L’accord de Hébron a été signé un peu plus tard, séparant la ville en deux zones. Aujourd’hui, les colons redoublent de créativité pour harceler les Palestiniens, toujours protégés par l’armée israélienne : les jeunes filles attendent les Palestiniennes à la sortie de l’école des filles et leur tirent les cheveux ou le voile, leur donnent des coups de pieds, les garçons les attendent d’en bas et leur lancent des pierres, etc. Ajoutez à cela les nombreux et longs couvre-feux, surtout au début de la deuxième Intifada (2000), les rues barrées, les check points à l’intérieur de la ville, les fermetures de nombreux magasins (parfois par obligation parfois par choix, par lassitude), et vous obtenez des quartiers fantômes, parsemés de tours de garde, de grillages et de fils de fer barbelés. Mais il y a toujours quelques obstinés pour rester envers et contre tout, et dans plusieurs rues de la vieille ville, des commerçants sont revenus et ont ouvert leurs magasins. Ils attendent les clients toute la journée, et les touristes sont du pain bénit pour eux, si rares en cette trop longue saison, alors, on leur achète deux trois bricoles, à un prix défiant toute concurrence.
Hébron est aussi une des villes où les Palestiniens (tous musulmans) sont les plus conservateurs. Une jeune Palestinienne me disait qu’après avoir étudié à Ramallah, elle était revenue à Hébron et après quelques mois, avait fini par se résoudre à porter le voile, à 22 ans, à cause de la pression sociale. Bassam a une « petite copine », mais il ne l’a jamais touchée, même pour lui serrer la main. Quelle différence avec Bethléem, située à environ une demi-heure de route, c’est hallucinant.
Il ne m’en reste pas moins que les habitants d’Hébron sont au moins tout aussi chaleureux et hospitaliers que ceux de Bethléem. Et finalement, lorsqu’on se retrouve dans le taxi collectif qui nous emmène loin de la ville et qu’on l’impression de sortir peu à peu d’un étrange cauchemar, c’est eux qui occupent nos pensées et nous convainquent que tout cela est bien la réalité.
Je me suis rendue à nouveau à Hébron samedi passé, et nous avons passé la journée avec B, un jeune de l’université. Il adore cette ville et ne souhaite vivre nulle part ailleurs. Il est fier de la vitalité d’Hébron : c’est le deuxième centre économique de la Palestine, autant au niveau industriel que commercial. Mais B. habite dans un village près d’Hébron, et son université se trouve dans la nouvelle ville, donc dans H1. Car Hébron est séparée en deux zones, l’une sous contrôle palestinien (H1) et l’autre sous contrôle israélien (H2). Cette dernière est habitée par 20 000 Palestiniens et … 450 colons, auxquels il faut ajouter plus de 2000 soldats qui les protègent.
C’est dans les années 1970 que des juifs ont commencé à s’installer à Hébron et à y créer des colonies, supportés par le gouvernement et donc protégés par l’armée. Nulle part ailleurs en Palestine, des colons se sont installés à l’intérieur même d’une ville. La justification de ceux-ci est religieuse évidemment : il s’agit de la ville des Patriarches, qui abrite les tombeaux d’Abraham, Isaac et Jacob (prophètes dans les trois religions monothéistes). Ils ont donc construit ou squatté des bâtiments, toujours en hauteur, pour surplomber les Palestiniens, ce qui les permet de les harceler plus facilement, entre autres en jetant des pierres, des vieilles chaussures et autres détritus, d’où les grillages au-dessus de certaines rues de la vieille ville, qui n’empêchent malheureusement pas les colons de jeter de l’eau sale ou des acides qui brûlent les vêtements et la peau. Les colons de Hébron sont généralement considérés comme les plus extrémistes.
Avant, la mosquée d’Abraham (Ibrahim) était accessible à tout le monde, mais juifs et musulmans priaient à des heures différentes. En 1994, juste après les accords de paix d’Oslo, le Docteur Baruch Goldstein est entré dans la mosquée au moment de la prière musulmane et a ouvert le feu, tuant 29 Palestiniens et en blessant 200… et faisant malheureusement de nombreux admirateurs… encore aujourd’hui. Le lieu saint a ensuite été séparé en une mosquée et une synagogue, ne permettant aucun contact entre juifs et musulmans. L’accord de Hébron a été signé un peu plus tard, séparant la ville en deux zones. Aujourd’hui, les colons redoublent de créativité pour harceler les Palestiniens, toujours protégés par l’armée israélienne : les jeunes filles attendent les Palestiniennes à la sortie de l’école des filles et leur tirent les cheveux ou le voile, leur donnent des coups de pieds, les garçons les attendent d’en bas et leur lancent des pierres, etc. Ajoutez à cela les nombreux et longs couvre-feux, surtout au début de la deuxième Intifada (2000), les rues barrées, les check points à l’intérieur de la ville, les fermetures de nombreux magasins (parfois par obligation parfois par choix, par lassitude), et vous obtenez des quartiers fantômes, parsemés de tours de garde, de grillages et de fils de fer barbelés. Mais il y a toujours quelques obstinés pour rester envers et contre tout, et dans plusieurs rues de la vieille ville, des commerçants sont revenus et ont ouvert leurs magasins. Ils attendent les clients toute la journée, et les touristes sont du pain bénit pour eux, si rares en cette trop longue saison, alors, on leur achète deux trois bricoles, à un prix défiant toute concurrence.
Hébron est aussi une des villes où les Palestiniens (tous musulmans) sont les plus conservateurs. Une jeune Palestinienne me disait qu’après avoir étudié à Ramallah, elle était revenue à Hébron et après quelques mois, avait fini par se résoudre à porter le voile, à 22 ans, à cause de la pression sociale. Bassam a une « petite copine », mais il ne l’a jamais touchée, même pour lui serrer la main. Quelle différence avec Bethléem, située à environ une demi-heure de route, c’est hallucinant.
Il ne m’en reste pas moins que les habitants d’Hébron sont au moins tout aussi chaleureux et hospitaliers que ceux de Bethléem. Et finalement, lorsqu’on se retrouve dans le taxi collectif qui nous emmène loin de la ville et qu’on l’impression de sortir peu à peu d’un étrange cauchemar, c’est eux qui occupent nos pensées et nous convainquent que tout cela est bien la réalité.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire