mercredi 10 septembre 2008

L'histoire de Dima

Voici l'histoire d'une jeune fille on ne peut plus ordinaire, d'une famille plutôt privilégiée, plutôt tranquille...

J’étudiais en France quand l’armée a commencé à construire le Mur, après que la deuxième Intifada ait commencé. Mes parents habitaient dans cette maison située aujourd’hui à trois mètres du mur, aujourd’hui, nous ne l’utilisons que comme bureau. Il y avait déjà des problèmes avant la construction du Mur parce qu’il y avait une base militaire près de chez nous, il y avait souvent des coups de feu.

Le Mur était censé être construit à quelques dizaines de centimètres de la maison, ne laissant le passage qu’à une personne. Mon père s’est beaucoup battu et maintenant, il est à trois mètres, de façon à laisser passer une voiture. Quand ils ont commencé à construire le Mur, nous avons dit au revoir à nos voisins de l’autre côté de la rue, aux magasins et au soleil. Les maisons situées sur le trottoir d’en face sont toujours là. Il y a deux murs : l’un proche de nos maisons et l’autre proche de leurs maisons, et il y a une route au milieu, de sorte que les Israéliens puissent passer et aller prier sur la tombe de Rachel. Ils peuvent atteindre cette route directement depuis Jérusalem, alors que nous ne pouvons pas y aller. Pourtant, ce n’est pas un site sacré uniquement pour les juifs, ça l’est aussi pour les musulmans. Maintenant, le quartier est mort et un peu effrayant d’une certaine façon. La journée, ça va encore, mais la nuit, personne ne veut être ici… Et c’était la route principale de Bethléem, qui menait à Jérusalem, et vers toutes les directions importantes en fait. C’était donc plein de vie et très bruyant, avec des voitures et des camions, tout passait par ici. C’est triste que ce soit mort maintenant. Cela me fait suffoquer. Cela me transforme en un petit morceau de poussière, j’ai l’impression que je vais finir par m’évaporer.

Quand ils construisaient le Mur, j’étais loin et cela me rendait malheureuse parce que même s’il y avait beaucoup de problèmes, je voulais en faire partie. J’avais un besoin très profond de savoir exactement ce qui se passait parce que j’étais si loin, j’étais à l’affût de la moindre nouvelle. Ma mère a eu de grandes difficultés émotionnelles à quitter la maison parce qu’elle y avait tant de souvenirs. Il y avait des coups de feu et certaines balles sont entrées dans la maison, mais même après cela, ma mère ne voulait pas partir.

Le Mur est un signe pour dire : « partez d’ici ». Il est intimidant. Il annexe beaucoup de terres. Si vous allez du check point vers la colonie Gilo, vous pouvez voir toutes ces terres. Certaines appartenaient à mes grands-parents. La route du Mur ne sert que leurs intérêts, comme leur permettre d’aller prier, et les autres peuvent aller en enfer. Ils rendent notre vie impossible. Ils mettent le Mur au milieu d’école, de voisins, de famille. Dans certains village, l’eau est d’un côté et les villageois de l’autre. Ils prennent tout ce qui est intéressant pour eux, comme l’eau, les arbres, les terres cultivables, etc. Cela tue l’économie, le développement. Cela tue même les écosystèmes.

Nous avons quitté Bethléem pour des raisons de sécurité, mais également parce que nous somme Jérusalémites et selon la nouvelle politique, nous devons habiter à Jérusalem pour garder notre carte d’identité de Jérusalem et notre droit d’y venir. Nous avons beaucoup de problèmes avec cela; l’armée vérifie que nous vivions bien à Jérusalem. A un moment, ils voulaient nous retirer notre assurance. Ils sont venus dans notre maison à Bethléem pour voir si nous n’y vivions pas et ils sont entrés aussi dans notre maison de Jérusalem. Ils ont même regardé dans la poubelle, le bac à linge sale et le frigo et ils ont pris des photos de tout. Si nous n’avions pas réellement vécu là-bas, ils auraient pris notre assurance et ensuite notre carte d’identité et nous serions restés sans rien. Ce sont les politiques à l’égard des Palestiniens.
Jérusalem est un gros problème pour les Palestiniens. Je crois qu’ils veulent se débarrasser des Palestiniens qui y vivent par tous les moyens possibles. Et nous avons aussi eu des problèmes dans les bureaux à Bethléem. Les soldats ont voulu de rentrer. Ils ont essayé d’ouvrir les portes mais elles sont solides et ils n’y sont pas arrivés. Alors ils ont cassé toutes les fenêtres. C’était du pur vandalisme. Comme ce qui s’est passé dans l’hôtel. Il était complètement démoli et il y avait des graffiti sur les murs. Est-ce qu’ils veulent appeler ça une cellule terroriste. Des gens travaillent là-bas. Ils ont même tué le poisson, et cassé tous les ordinateurs, tout ce qui était sur leur chemin en fait. Ces soldats ont 18 ans, ce sont juste des gosses qui ont besoin de se défouler.

Ce Mur est plus fort que n’importe qui d’entre nous. Mais bien sûr, il ne va pas dure éternellement. Nous devons mettre de la pression sur le reste du monde pour faire changer les choses. Les gens doivent être conscients et comprendre ce qui se passe réellement et non avaler tout ce qu’ils voient ou entendent. La communauté internationale dit que le Mur ne devrait pas être là, mais elle ne prend aucune sanction contre Israël. Le gouvernement israélien ne respecte pas les lois internationales, ni les résolutions de l’ONU, ni les conventions… Et ils continuent à violer les lois, en construisant le Mur, les colonies, les check points. Evidemment, les gens deviennent fous ! J’essaye de garder l’espoir, mais si ils continuent avec les colonies et les ghettos qu’ils sont en train de créer en Cisjordanie, le futur ne semble pas très brillant.

Malgré tout cela, nous devons continuer à résister. Continuer avec notre vie quotidienne est déjà un moyen de résistance, comme par exemple venir tous les jours au bureau ici. Beaucoup de gens auraient pris leur bagage et seraient partis chercher une vie meilleure. Notre problème est que nous avons tendance à nous habituer aux choses, comme par exemple, traverser les check points. Les Palestiniens commencent presque à se battre, juste pour passer rapidement. Ils sont nerveux parce qu’ils attendent et se mettent à pousser. Mais nous devons nous battre ensemble et ne pas penser uniquement à nous-mêmes. C’est ce que les Israéliens voudraient évidemment. Donc nous devons résister ensemble, c’est la seule façon d’arriver quelque part. N’importe quelle activité peut aider. Les Israéliens veulent arrêter la vie ici, donc je crois que n’importe quel signe de vie que nous donnons est super. Cela ne doit pas être politique. Il y a beaucoup de choses qui ont lieu, par exemple il y a eu un festival de danse à Ramallah il y a peu, cela a donné la possibilité aux gens de voir autre chose que leurs problèmes quotidiens. Notre existence est en danger, nous disparaissons… Mais par ces activités, nous pouvons montrer au monde que nous existons et continuons nos vies. Nous devons atteindre le monde et le monde doit nous atteindre.

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