
Photos: 1. Yussef ravive ses souvenirs dans l'ancienne prison d'Al-Faraa. 2 et 3. Accueil des prisonniers fraîchement relâchés à Hébron.
Il y a peu, tous les médias ont annoncé qu’Israël avait relâché une série de prisonniers palestiniens (presque 200), ils espèrent ainsi renforcer l’Autorité Palestinienne.
Et on a fait la fête à Hébron. Il y a eu tout un meeting pour accueillir les prisonniers libérés, l’un deux avait passé vingt-sept ans dans les prisons israéliennes. C’était le héros du jour. La foule était en liesse, les drapeaux valsaient, les gens hurlaient. Les femmes avaient même mis une casquette au motif de keffieh par-dessus leur voile.
Et puis, à un moment, quelqu’un a rappelé dans le micro qu’il y avait encore près de 10 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes. Ben oui, après tout, il ne faudrait pas les oublier. Et j’ai pensé à Mousa, qui est toujours en détention administrative et donc n’espérait même pas être libéré. Il arrivera bientôt au bout de la période de six mois à l’issue de laquelle il devrait être libéré. Mais les Israéliens ont refusé de promettre cette libération alors qu’ils le font dans certains cas. Ils n’ont donc apparemment pas envie de le relâcher, et il y a fort à parier qu’il passera six mois de plus en détention administrative. Ensuite ? On verra... « Mais ce n’est rien, nous rassure son frère, on est habitués. Moi, j’ai déjà été arrêté dix fois. »
Et je pense à ce jeune inconnu qui s’est fait arrêter à Kharas la nuit même et est passé en jeep sous ma fenêtre. Trois grosses jeeps bien bruyantes pour un seul jeune, il y a presque de quoi être fier.
Et je pense à ce jeune de Dheisheh qui se tapit dans le camp, en attendant il ne sait pas trop quoi. Jeudi passé, une cinquantaine de jeeps et gros blindés (rien que ça !) sont entrés dans le camp de Dheisheh. « Ce n’était pas dangereux, commente Louay, ils cherchaient quelqu’un de précis et ne venaient pas pour provoquer les autres. » Ils recherchaient un jeune, mais ce dernier le sait et il sait aussi que s’il est renvoyé en prison, il y passera huit ans, c’est ce qu’on lui a promis à sa sortie de prison il y a quelques mois (il y avait passé quatre ans). Il ne dort donc plus chez lui et n’y passe qu’en coup de vent. Qu’importe, les militaires ont embarqué le frère et le père. Le lendemain soir, nous mangeons à Dheisheh. Après le repas, nous allons fumer l’arguilé chez un ami de Louay et rencontrons ce jeune. Il ne peut pas chercher de travail, ni étudier, ni se marier, ni passer aucun check point. Il se cache, c’est tout, il pense à ces huit années à venir. Il ne dit rien, il est assis là, au milieu de tous ces gens, le regard dans le vide, ailleurs. Que peut-il encore attendre de la vie ?
Alors oui, quelques prisonniers ont été relâchés. C’est une victoire. Avec Yussef et Nasser, nous avons visité l’ancienne prison israélienne d’Al-Faraa, aujourd’hui devenue un centre de loisirs pour les jeunes, un endroit magnifique au milieu de la nature. C’est une victoire aussi. Maintenant, les prisonniers sont envoyés dans les colonies et puis en Israël. Mais les traitements ne se sont pas améliorés, et je doute que les minuscules cellules, salles d’interrogatoires et endroits où faire « attendre » les prisonniers dans des positions inconfortables aient laissé place à quelque chose de bien différent. Ce sont des victoires, il en faut bien, mais plutôt des demi, voir des dixièmes de victoires.
Et on a fait la fête à Hébron. Il y a eu tout un meeting pour accueillir les prisonniers libérés, l’un deux avait passé vingt-sept ans dans les prisons israéliennes. C’était le héros du jour. La foule était en liesse, les drapeaux valsaient, les gens hurlaient. Les femmes avaient même mis une casquette au motif de keffieh par-dessus leur voile.
Et puis, à un moment, quelqu’un a rappelé dans le micro qu’il y avait encore près de 10 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes. Ben oui, après tout, il ne faudrait pas les oublier. Et j’ai pensé à Mousa, qui est toujours en détention administrative et donc n’espérait même pas être libéré. Il arrivera bientôt au bout de la période de six mois à l’issue de laquelle il devrait être libéré. Mais les Israéliens ont refusé de promettre cette libération alors qu’ils le font dans certains cas. Ils n’ont donc apparemment pas envie de le relâcher, et il y a fort à parier qu’il passera six mois de plus en détention administrative. Ensuite ? On verra... « Mais ce n’est rien, nous rassure son frère, on est habitués. Moi, j’ai déjà été arrêté dix fois. »
Et je pense à ce jeune inconnu qui s’est fait arrêter à Kharas la nuit même et est passé en jeep sous ma fenêtre. Trois grosses jeeps bien bruyantes pour un seul jeune, il y a presque de quoi être fier.
Et je pense à ce jeune de Dheisheh qui se tapit dans le camp, en attendant il ne sait pas trop quoi. Jeudi passé, une cinquantaine de jeeps et gros blindés (rien que ça !) sont entrés dans le camp de Dheisheh. « Ce n’était pas dangereux, commente Louay, ils cherchaient quelqu’un de précis et ne venaient pas pour provoquer les autres. » Ils recherchaient un jeune, mais ce dernier le sait et il sait aussi que s’il est renvoyé en prison, il y passera huit ans, c’est ce qu’on lui a promis à sa sortie de prison il y a quelques mois (il y avait passé quatre ans). Il ne dort donc plus chez lui et n’y passe qu’en coup de vent. Qu’importe, les militaires ont embarqué le frère et le père. Le lendemain soir, nous mangeons à Dheisheh. Après le repas, nous allons fumer l’arguilé chez un ami de Louay et rencontrons ce jeune. Il ne peut pas chercher de travail, ni étudier, ni se marier, ni passer aucun check point. Il se cache, c’est tout, il pense à ces huit années à venir. Il ne dit rien, il est assis là, au milieu de tous ces gens, le regard dans le vide, ailleurs. Que peut-il encore attendre de la vie ?
Alors oui, quelques prisonniers ont été relâchés. C’est une victoire. Avec Yussef et Nasser, nous avons visité l’ancienne prison israélienne d’Al-Faraa, aujourd’hui devenue un centre de loisirs pour les jeunes, un endroit magnifique au milieu de la nature. C’est une victoire aussi. Maintenant, les prisonniers sont envoyés dans les colonies et puis en Israël. Mais les traitements ne se sont pas améliorés, et je doute que les minuscules cellules, salles d’interrogatoires et endroits où faire « attendre » les prisonniers dans des positions inconfortables aient laissé place à quelque chose de bien différent. Ce sont des victoires, il en faut bien, mais plutôt des demi, voir des dixièmes de victoires.







