mercredi 10 septembre 2008

Ces prisonniers politiques





Photos: 1. Yussef ravive ses souvenirs dans l'ancienne prison d'Al-Faraa. 2 et 3. Accueil des prisonniers fraîchement relâchés à Hébron.

Il y a peu, tous les médias ont annoncé qu’Israël avait relâché une série de prisonniers palestiniens (presque 200), ils espèrent ainsi renforcer l’Autorité Palestinienne.

Et on a fait la fête à Hébron. Il y a eu tout un meeting pour accueillir les prisonniers libérés, l’un deux avait passé vingt-sept ans dans les prisons israéliennes. C’était le héros du jour. La foule était en liesse, les drapeaux valsaient, les gens hurlaient. Les femmes avaient même mis une casquette au motif de keffieh par-dessus leur voile.

Et puis, à un moment, quelqu’un a rappelé dans le micro qu’il y avait encore près de 10 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes. Ben oui, après tout, il ne faudrait pas les oublier. Et j’ai pensé à Mousa, qui est toujours en détention administrative et donc n’espérait même pas être libéré. Il arrivera bientôt au bout de la période de six mois à l’issue de laquelle il devrait être libéré. Mais les Israéliens ont refusé de promettre cette libération alors qu’ils le font dans certains cas. Ils n’ont donc apparemment pas envie de le relâcher, et il y a fort à parier qu’il passera six mois de plus en détention administrative. Ensuite ? On verra... « Mais ce n’est rien, nous rassure son frère, on est habitués. Moi, j’ai déjà été arrêté dix fois. »

Et je pense à ce jeune inconnu qui s’est fait arrêter à Kharas la nuit même et est passé en jeep sous ma fenêtre. Trois grosses jeeps bien bruyantes pour un seul jeune, il y a presque de quoi être fier.

Et je pense à ce jeune de Dheisheh qui se tapit dans le camp, en attendant il ne sait pas trop quoi. Jeudi passé, une cinquantaine de jeeps et gros blindés (rien que ça !) sont entrés dans le camp de Dheisheh. « Ce n’était pas dangereux, commente Louay, ils cherchaient quelqu’un de précis et ne venaient pas pour provoquer les autres. » Ils recherchaient un jeune, mais ce dernier le sait et il sait aussi que s’il est renvoyé en prison, il y passera huit ans, c’est ce qu’on lui a promis à sa sortie de prison il y a quelques mois (il y avait passé quatre ans). Il ne dort donc plus chez lui et n’y passe qu’en coup de vent. Qu’importe, les militaires ont embarqué le frère et le père. Le lendemain soir, nous mangeons à Dheisheh. Après le repas, nous allons fumer l’arguilé chez un ami de Louay et rencontrons ce jeune. Il ne peut pas chercher de travail, ni étudier, ni se marier, ni passer aucun check point. Il se cache, c’est tout, il pense à ces huit années à venir. Il ne dit rien, il est assis là, au milieu de tous ces gens, le regard dans le vide, ailleurs. Que peut-il encore attendre de la vie ?

Alors oui, quelques prisonniers ont été relâchés. C’est une victoire. Avec Yussef et Nasser, nous avons visité l’ancienne prison israélienne d’Al-Faraa, aujourd’hui devenue un centre de loisirs pour les jeunes, un endroit magnifique au milieu de la nature. C’est une victoire aussi. Maintenant, les prisonniers sont envoyés dans les colonies et puis en Israël. Mais les traitements ne se sont pas améliorés, et je doute que les minuscules cellules, salles d’interrogatoires et endroits où faire « attendre » les prisonniers dans des positions inconfortables aient laissé place à quelque chose de bien différent. Ce sont des victoires, il en faut bien, mais plutôt des demi, voir des dixièmes de victoires.

L'histoire de Dima

Voici l'histoire d'une jeune fille on ne peut plus ordinaire, d'une famille plutôt privilégiée, plutôt tranquille...

J’étudiais en France quand l’armée a commencé à construire le Mur, après que la deuxième Intifada ait commencé. Mes parents habitaient dans cette maison située aujourd’hui à trois mètres du mur, aujourd’hui, nous ne l’utilisons que comme bureau. Il y avait déjà des problèmes avant la construction du Mur parce qu’il y avait une base militaire près de chez nous, il y avait souvent des coups de feu.

Le Mur était censé être construit à quelques dizaines de centimètres de la maison, ne laissant le passage qu’à une personne. Mon père s’est beaucoup battu et maintenant, il est à trois mètres, de façon à laisser passer une voiture. Quand ils ont commencé à construire le Mur, nous avons dit au revoir à nos voisins de l’autre côté de la rue, aux magasins et au soleil. Les maisons situées sur le trottoir d’en face sont toujours là. Il y a deux murs : l’un proche de nos maisons et l’autre proche de leurs maisons, et il y a une route au milieu, de sorte que les Israéliens puissent passer et aller prier sur la tombe de Rachel. Ils peuvent atteindre cette route directement depuis Jérusalem, alors que nous ne pouvons pas y aller. Pourtant, ce n’est pas un site sacré uniquement pour les juifs, ça l’est aussi pour les musulmans. Maintenant, le quartier est mort et un peu effrayant d’une certaine façon. La journée, ça va encore, mais la nuit, personne ne veut être ici… Et c’était la route principale de Bethléem, qui menait à Jérusalem, et vers toutes les directions importantes en fait. C’était donc plein de vie et très bruyant, avec des voitures et des camions, tout passait par ici. C’est triste que ce soit mort maintenant. Cela me fait suffoquer. Cela me transforme en un petit morceau de poussière, j’ai l’impression que je vais finir par m’évaporer.

Quand ils construisaient le Mur, j’étais loin et cela me rendait malheureuse parce que même s’il y avait beaucoup de problèmes, je voulais en faire partie. J’avais un besoin très profond de savoir exactement ce qui se passait parce que j’étais si loin, j’étais à l’affût de la moindre nouvelle. Ma mère a eu de grandes difficultés émotionnelles à quitter la maison parce qu’elle y avait tant de souvenirs. Il y avait des coups de feu et certaines balles sont entrées dans la maison, mais même après cela, ma mère ne voulait pas partir.

Le Mur est un signe pour dire : « partez d’ici ». Il est intimidant. Il annexe beaucoup de terres. Si vous allez du check point vers la colonie Gilo, vous pouvez voir toutes ces terres. Certaines appartenaient à mes grands-parents. La route du Mur ne sert que leurs intérêts, comme leur permettre d’aller prier, et les autres peuvent aller en enfer. Ils rendent notre vie impossible. Ils mettent le Mur au milieu d’école, de voisins, de famille. Dans certains village, l’eau est d’un côté et les villageois de l’autre. Ils prennent tout ce qui est intéressant pour eux, comme l’eau, les arbres, les terres cultivables, etc. Cela tue l’économie, le développement. Cela tue même les écosystèmes.

Nous avons quitté Bethléem pour des raisons de sécurité, mais également parce que nous somme Jérusalémites et selon la nouvelle politique, nous devons habiter à Jérusalem pour garder notre carte d’identité de Jérusalem et notre droit d’y venir. Nous avons beaucoup de problèmes avec cela; l’armée vérifie que nous vivions bien à Jérusalem. A un moment, ils voulaient nous retirer notre assurance. Ils sont venus dans notre maison à Bethléem pour voir si nous n’y vivions pas et ils sont entrés aussi dans notre maison de Jérusalem. Ils ont même regardé dans la poubelle, le bac à linge sale et le frigo et ils ont pris des photos de tout. Si nous n’avions pas réellement vécu là-bas, ils auraient pris notre assurance et ensuite notre carte d’identité et nous serions restés sans rien. Ce sont les politiques à l’égard des Palestiniens.
Jérusalem est un gros problème pour les Palestiniens. Je crois qu’ils veulent se débarrasser des Palestiniens qui y vivent par tous les moyens possibles. Et nous avons aussi eu des problèmes dans les bureaux à Bethléem. Les soldats ont voulu de rentrer. Ils ont essayé d’ouvrir les portes mais elles sont solides et ils n’y sont pas arrivés. Alors ils ont cassé toutes les fenêtres. C’était du pur vandalisme. Comme ce qui s’est passé dans l’hôtel. Il était complètement démoli et il y avait des graffiti sur les murs. Est-ce qu’ils veulent appeler ça une cellule terroriste. Des gens travaillent là-bas. Ils ont même tué le poisson, et cassé tous les ordinateurs, tout ce qui était sur leur chemin en fait. Ces soldats ont 18 ans, ce sont juste des gosses qui ont besoin de se défouler.

Ce Mur est plus fort que n’importe qui d’entre nous. Mais bien sûr, il ne va pas dure éternellement. Nous devons mettre de la pression sur le reste du monde pour faire changer les choses. Les gens doivent être conscients et comprendre ce qui se passe réellement et non avaler tout ce qu’ils voient ou entendent. La communauté internationale dit que le Mur ne devrait pas être là, mais elle ne prend aucune sanction contre Israël. Le gouvernement israélien ne respecte pas les lois internationales, ni les résolutions de l’ONU, ni les conventions… Et ils continuent à violer les lois, en construisant le Mur, les colonies, les check points. Evidemment, les gens deviennent fous ! J’essaye de garder l’espoir, mais si ils continuent avec les colonies et les ghettos qu’ils sont en train de créer en Cisjordanie, le futur ne semble pas très brillant.

Malgré tout cela, nous devons continuer à résister. Continuer avec notre vie quotidienne est déjà un moyen de résistance, comme par exemple venir tous les jours au bureau ici. Beaucoup de gens auraient pris leur bagage et seraient partis chercher une vie meilleure. Notre problème est que nous avons tendance à nous habituer aux choses, comme par exemple, traverser les check points. Les Palestiniens commencent presque à se battre, juste pour passer rapidement. Ils sont nerveux parce qu’ils attendent et se mettent à pousser. Mais nous devons nous battre ensemble et ne pas penser uniquement à nous-mêmes. C’est ce que les Israéliens voudraient évidemment. Donc nous devons résister ensemble, c’est la seule façon d’arriver quelque part. N’importe quelle activité peut aider. Les Israéliens veulent arrêter la vie ici, donc je crois que n’importe quel signe de vie que nous donnons est super. Cela ne doit pas être politique. Il y a beaucoup de choses qui ont lieu, par exemple il y a eu un festival de danse à Ramallah il y a peu, cela a donné la possibilité aux gens de voir autre chose que leurs problèmes quotidiens. Notre existence est en danger, nous disparaissons… Mais par ces activités, nous pouvons montrer au monde que nous existons et continuons nos vies. Nous devons atteindre le monde et le monde doit nous atteindre.

Deux semaines en Palestine

Un petit article écrit par Muriel et Rémi. Merci à vous deux...

Peu après le départ d’Anaële, il est clair pour nous que nous allons lui rendre visite. Mais malgré ce qu’elle nous a déjà raconté de la Palestine et ce que nous pouvons lire régulièrement sur son blog ou dans les médias, nous avons difficile à nous faire une idée précise de la situation sur place, et plus l’échéance du départ approche, moins nous parvenons à préparer ce voyage. Cependant, nous savons aussi que nous pouvons compter sur Anaële… et sur le hasard des rencontres.

Nos premières impressions d’Israël sont relativement positives : bons contacts avec les gens, découverte de la culture juive, baignade à Tel Aviv… On pourrait presque ne pas imaginer la réalité du conflit si proche. Peu après pourtant, nous passons le mur à la découverte du quotidien du peuple palestinien.

En voyageant dans les principales villes de Palestine nous voyons combien la vie est rendue difficile par l’occupation israélienne. Nous savions déjà que la région était encerclée par un mur, et que les check point constituaient un obstacle à la liberté de circulation de la population. Mais nous étions loin d’imaginer l’ampleur de ce que nous avons à présent sous les yeux. Le mur tout d’abord dépasse largement les frontières initialement fixées et confisque de fait des terres et des oliviers ; nous sommes aussi effrayés par sa grandeur, son étendue et son agressivité – malgré son caractère prétendument défensif. Les check points ensuite, que nous croisons à chaque déplacement en Palestine, morcellent le territoire, provoquent des files interminables et soumettent la population à l’arbitraire et au bon vouloir des jeunes soldats israéliens. Les colonies et leurs habitants enfin, s’imposent avec violence chaque jour un peu plus dans ce pays qui ne leur appartient pas, volant terre et eau et niant les droits les plus fondamentaux des Palestiniens.

Si le conflit est omniprésent et si l’on ressent son poids chaque jour, la Palestine reste cependant un pays magnifique et chaleureux. Nous l’expérimentons tout au long de ce voyage. Que ce soit Hashem, en compagnie duquel nous visitons Hébron, Majdi qui nous procure un logement à Bethléem, Amjad, Nasser et Yussef, qui nous accueillent au sein de leur association à Naplouse, Rafat et sa famille qui nous font découvrir le village chrétien de Zababdeh, Bassam et Fadi qui nous font visiter le vieux Hébron ou encore Sama et Abdel avec qui nous vivons un dernier jour en Palestine inoubliable, l’accueil est toujours au rendez-vous, et il y a de quoi se sentir à l’aise : un café ou un thé en guise d’accueil, des discussions passionnantes sur leur culture et leur vie quotidienne, des visites qu’ils prennent le temps de faire avec nous, et toujours un repas avant de repartir.

Après ces 15 jours intenses, lorsque nous repassons en Israël, tout a changé pour nous. Derrière les nombreux Juifs ultra orthodoxes que nous croisons dans Jérusalem, nous percevons le fanatisme religieux qui a des conséquences si désastreuses en Palestine. Derrière les terres que nous traversons pour rejoindre l’aéroport, nous revoyons la tristesse du regard des Palestiniens qui ont tout perdu. Derrière l’interrogatoire que nous subissons à l’aéroport (quelle est l’origine de votre prénom ? avez-vous été dans la West Bank ? avez-vous rencontré des Arabes ? Parlez-vous arabe ?...), nous sentons comment Israël essaye d’insuffler (et y parvient le plus souvent) à tous la peur du Palestinien.

En allant en Palestine, nous avons donc défait ces idées et stéréotypes que, malgré tout, nous avions intégrés sur le monde arabe et nous avons découvert une culture riche à différents niveaux. Nous comprenons mieux aujourd’hui l’attachement d’Anaële pour ce pays et ses habitants et espérons y retourner au plus vite…

mercredi 27 août 2008

Jérusalem












Photos: 1. Le dome du rocher. 2. La vieille ville, quartier arabe. 3. Des Juifs orthodoxes traversant le souk arabe. 4. Un check point dans Jérusalem, il suffit d'un de ces panneaux de béton pour le refermer. 5. Le projet d'une nouvelle colonie, qui est déjà en partie construite. 6. Une maison détruite.

Jérusalem, j’y suis allée peut-être une dizaine de fois, et cette ville m’échappe encore et toujours.

Il y a d’abord la vieille ville, où un juif orthodoxe avec toque en fourrure et peignoir brillant croise un petit vendeur criant en arabe et utilisant un vieux pneu en guise de frein pour sa charrette. Les groupes de touristes avec casquettes fluo et badges du tour opérateur côtoient les curés, les jeunes cools israéliens, les presseurs d’oranges et les vendeurs de bizarreries en tout genre. Les pèlerins passent en portant une grosse crois en bois au milieu du souk arabe. J’aime son chaos et sa foule, ses couleurs et ses vieilles pierres, ses mélanges et ses contradictions, mais la vieille ville m’échappe encore.

Au centre de la vieille ville, il y l’esplanade des mosquées, le troisième lieu le plus saint de l’islam, et au pied de cette esplanade, le mur des Lamentations, le lieu le plus saint du judaïsme. Le temple juif se situerait donc en quelque sorte sous l’esplanade et certains veulent le restaurer et y construire aussi une synagogue. Mais là-haut, sous le dôme du rocher, il y a la pierre d’où Mohammed se serait élevé pour rejoindre Dieu au ciel, et il se fait que cette même pierre est apparemment considérée comme celle sur laquelle Abraham aurait failli sacrifier son fils. Voilà les deux religions bien emberlificotées… A l’entrée, un panneau prévient les Juifs que la Torah ne les autorise pas à pénétrer dans ce lieu. Mais alors, quand Ariel Sharon et son armée se sont rendus sur l’esplanade, non seulement, ils ont provoqué tous les musulmans, mais ils ont aussi failli s’attirer la vindicte de leur propre Dieu… Sur l’esplanade, les touristes ne sont autorisés que deux heures par jour, et ils ne peuvent pas rentrer dans les mosquées. Alors, oui, j’adore l’ambiance paisible de cette esplanade, les familles qui s’y reposent et s’y recueillent, l’architecture éblouissante de beauté du dôme du rocher, mais ce lieu m’échappe encore.

En dehors de la vieille ville, il y a tout d’abord Jérusalem Ouest. C’est énorme, et ça pourrait ressembler à n’importe quelle grande ville occidentale… s’il n’y avait ces juifs orthodoxes à tous les coins de rue, parfois en complet noir, parfois en peignoir, avec longue barbe et crollettes sur le côté. Leurs tenues ne sont définitivement pas adaptées au Moyen-Orient. Les jeunes Israéliens non religieux, eux, font des soirées reggae, boivent, fument, et vont parfois assister à un repas traditionnel de shabbat dans une famille plus religieuse. Eh oui, Jérusalem Ouest m’échappe aussi.

Enfin, il y a Jérusalem Est, et alors, là, bonjour pour s’y retrouver. Les habitants arabes de Jérusalem ont une carte bleue, contrairement aux habitants de la Cisjordanie, qui ont une carte verte. Comme les premiers vivent à Jérusalem, ils ont aussi la possibilité de circuler en Israël. Mais l’Etat d’Israël tente de réduire leur nombre. Si un habitant de Jérusalem reste quelques années (apparemment, le nombre exact varie d’une personne à l’autre) à l’étranger, il n’aura plus le droit à la carte bleue à son retour et sera donc amené à s’installer en Cisjordanie ou à frauder. Si le possesseur d’une carte bleue se marie avec une personne ayant une carte verte, cette dernière n’obtiendra pas de carte bleue, ils ont alors deux possibilités : vivre séparés ou vivre tous les deux en Cisjordanie, auquel cas, le possesseur de la carte bleue la perdra et n’aura bientôt plus le droit d’aller visiter sa famille et ses amis à Jérusalem. Les écoles arabes de Jérusalem sont surpeuplées. Certains parents ne trouvent pas de place pour leurs enfants. Seulement voilà, si l’enfant est inscrit dans une école hors de Jérusalem, quand il aura 16 ans et voudra sa carte bleue, on lui demandera les papiers de l’école et puis on lui signifiera qu’il n’est pas habitant de Jérusalem s’il n’y est pas à l’école.

Par ailleurs, à l’intérieur des quartiers arabes, de nombreuses maisons sont détruites (avec les taxes des résidents évidemment) ou encore annexées pour y installer des Juifs. Ainsi, un Juif américain super riche du nome de Moskovitch essaye d’acquérir tout un quartier sous prétexte qu’on y aurait retrouvé des os appartenant à un saint. Des colons ont réussi à occuper la moitié d’une maison palestinienne pendant que la famille était en Jordanie pour une opération. Depuis, ils habitent là, laissant à la famille le soin de payer leurs factures d’eau et d’électricité, les harcelant, envoyant leurs enfants s’entraîner devant leur fenêtre à tirer sur des cartons représentant des Palestiniens, etc. Le plus dramatique, c’est que si cette maison tombe aux mains de Moskovitch, il réussirait apparemment à annexer les 17 maisons autour par un tour de passe-passe juridique, prétextant qu’elles sont toutes dans la même situation.
Dans d’autres quartiers, ce même Moskovitch construit des colonies à l’intérieur d’espaces laissés vides dans Jérusalem Est, les routes y menant seront réservées aux Israéliens, ce qui va rendre la vie de tous les Arabes habitant dans les environs bien plus compliquées.

Bon, il y a aussi évidemment le mur qui traverse Jérusalem Est…
Les Israéliens rêvent de construire un grand Jérusalem, une capitale indivisible de l’Etat israélien (selon certains, Bethléem devrait d’ailleurs en faire partie). Alors, de nombreux villages situés à l’Est de Jérusalem ont été détruits. Des colonies appelées « faubourg de Jérusalem » y ont été construits. Pour annexer les terres appartenant à certains villages proches de Jérusalem, il y a un truc simple : on construit le mur et on laisse une maison toute seule du côté israélien, on propose aux habitants de racheter la maison, ils acceptent pour pouvoir retrouver leur village, leur famille. Une fois qu’on a les papiers prouvant la propriété de la maison, il est facile d’annexer toutes les terres autour.

Voilà quelques-uns des nombreux trucs et astuces utilisés par Israël pour repousser les Palestiniens hors de Jérusalem. Il se passe le même genre de choses dans la vieille ville. De plus en plus de bâtiments arabes passent aux mains des Israéliens, qui y mettent fièrement des tas de petits drapeaux (« c’est à nous, nananèreee »). Jérusalem se transforme lentement… mais sûrement. Mais il y a quand même un truc que les Israéliens ont oublié : les Arabes font beaucoup plus d’enfants qu’eux, et la bataille démographique, ils ne sont pas prêts de la gagner. Les Palestiniens sont parfois entassés avec des tas de gosses dans de toutes petites maisons, mais ils ne sont pas prêts à partir. Eh oui, tout le monde s’accroche à cette ville trois fois sainte, qui, avec toutes ces tensions, a pourtant tout du cauchemar.

lundi 18 août 2008

Tulkarem











Endormie dans la chaleur de son climat propice aux bananiers et dattiers, Tulkarem est une petite ville de province palestinienne tout ce qu'il y a de plus normal. Il n'y a à Tulkarem ni association ni ONG et je n'y ai vu aucun étranger.C'est d'ailleurs bien la première fois qu'on pense que je suis arabe et que tout le monde me parle spontanément en arabe. Accueillie dans la famille de Wala, je me suis donc plongée dans la culture et les habitudes tulkaremiennes le temps d'un week-end.
Sans avoir la réputation de Naplouse ou Jénine, Tulkarem a sa dose de martyrs. Je fais la route depuis Ramallah avec une jeune fille qui a perdu son frère dans une embuscade de l'armée israélienne sur la route qui mène à Tulkarem. Tous les jours, elle repasse par là pour aller étudier et le sentiment d'injustice est au moins aussi fort que sa tristesse: "ils cherchaient quelqu'un d'autre, ils se sont trompés, me dit-elle avec un sourire las. J'arrive dans la famille de Wala, qui vivait avant dans le camp de Tulkarem et puis a déménagé juste à coté. On le traverse pour aller en ville, les maisons sont pauvres et striées de balles. Les enfants trainent dehors. Ici, pas de camp d'été, pas d'ONG qui propose des activités. Wala me raconte qu'il y a trois ans, le camp a été sous couvre-feux pendant quinze jours. Lorsque les gens ont enfin pu sortir de chez eux, ils ont découvert qu'il y avait eu 25 martyrs. On croise sa tante, elle me dit que ses trois fils sont en prison, la famille n'a pas été rassemblée depuis des années.
Mais ce jour-la n'est pas un jour ou l'on se plaint, c'est jour de mariage, comme tous les jours en Cisjordanie, et il faut célébrer… dans la joie. Certes, la moitié de la famille de la mariée n'a pas pu venir - habitant dans un village coupé en deux par le mur, ils ont eu peur de ne pas pouvoir repasser le check point pour retourner chez eux dans la nuit – eh bien, ils viendront la fois prochaine. Ce soir, c'est soir de fête. Et on se pouponne, on se prépare, on enfile une longue tunique noire (le hibab) et un voile (le hijab). Et les fêtes sont quand même un peu spéciales dans les milieux musulmans traditionnels. C'est le jour des femmes. A part les enfants et le mari, tout représentant du sexe opposé est proscrit, on a même une camerawoman et une D.J. Il y a une petite scène avec un divan sur lequel le couple est assis, une petite scène un peu plus basse qui sert de piste de danse et puis des tas de chaises derrière des tables, pour que les femmes s'asseyent et regardent les différentes parties de la cérémonie. D'abord, les mariés dansent et puis tout le monde les suit. Plus tard, on apporte un coffret plein de bijoux, que le marié offre à la mariée, en l'aidant à les porter. Ensuite, la mariée se couvre d'une petite cape blanche (eh oui, elle avait les cheveux découverts et même un décollète et un dos nu!), car les hommes de la famille vont entrer. Ils offrent de l'argent en l'accrochant au marié qui se transforme petit à petit en arbre à dinars et shekels, pendant que la mariée reste stijve comme une reine des glaces. Puis vient la famille de la mariée, alors le marié se débarrasse de ses billets et la mariée reçoit de l'argent qu'elle saisit de sa main à travers sa cape blanche (il ne faudrait tout de même pas qu'elle touche la main d'un homme), et donne à sa sœur cachée derrière avec un sac. Voila, on fait des photos, et puis on s'en va, la fête a duré deux heures.
Je mange avec la famille de Wala sur la terrasse et puis on rentre dans cette énorme maison sans meuble. Les parents préfèrent envoyer leurs filles à l'université… On met des matelas par terre dans différentes pièces et on essaye de dormir. C'est jour de fête dans la famille, mais la "situation" finit par nous rattraper. On entend des bruits de jeep, des coups de feu. L'armée rentre dans le camp. "Ils ont leurs traditions, comme nous", me dit Wala. Ils restent une bonne heure et puis repartent. On verra demain s'il y a des prisonniers, des blessés, ou pire…
Tulkarem, une petite ville palestinienne tout ce qu'il y a de plus normal, avec ses mariages, ses souks, ses incursions de l'armée, et surtout… surtout son hospitalité. Je suis arrivée avec un petit sac, je repars avec deux grands sacs, chargés de menthe, sauge, grenades, citron, olives, huile d'olive, pâtisseries, un nouveau hijab, des sandwichs pour la route, une figurine de Petra, etc.
Photos: 1. Wala et moi sur le toit de sa maison. 2. Le camp de Tulkarem depuis le toit de la maison de Wala. 3. L'eglise de Tulkarem. Il y a apparemment une famille chretienne dans la ville, on dirait que l'eglise n'est plus fort utilisee... 4. Une rue comme les autres...

jeudi 14 août 2008

Un grand homme


Comme cela a été largement répercuté dans la presse étrangère, Mahmoud Darwish est mort cette semaine. C’est assez impressionnant pour une Européenne de voir à quel point un poète peut être apprécié et admiré. L’annonce de sa mort a été terrible ici. J’étais dans la famille de Nasser dans le camp de réfugiés Asqar et il était effondré, il a téléphoné à un ami pour en parler, sa voix tremblait. « Nous avons perdu un porte-parole », me dit-il. « Il trouvait toujours les mots pour parler de ce que nous vivions. C’est un héros. » Et de fait, il y a quelques mois, lors d’une interview, un jeune me disait que Mahmoud Darwish était son héros. Tout le monde en parle, les jeunes de l’assoc nous demandent de consacrer la réunion hebdomadaire à parler de lui, les funérailles sont grandioses. Je ne vais pas écrire sur Mahmoud Darwish, vous trouverez dans les journaux. Je voudrais juste partager deux de ses textes que je trouve très touchants et qui sont les témoins, à mon humble avis, que la civilisation arabe, qui a déjà engendré des merveilles telles le dôme du rocher ou l’alhambra, est et restera une civilisation aux artistes talentueux. En voici un capable de trouver les mots pour exprimer et transmettre ses émotions et celles de tout un peuple.

Identité


Inscris !
Je suis Arabe

Le numéro de ma carte : cinquante mille

Nombre d’enfants : huitEt le neuvième... arrivera après l’été !

Et te voilà furieux !
Inscris !

Je suis Arabe

Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine

Et j’ai huit bambins

Leur galette de pain

Les vêtements, leur cahier d’écolier

Je les tire des rochers...

Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône à ta porte

Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais

Et te voilà furieux !

Inscris !

Je suis Arabe

Sans nom de famille - je suis mon prénom

« Patient infiniment » dans un pays où tous

Vivent sur les braises de la Colère

Mes racines...

Avant la naissance du temps elles prirent pied

Avant l’effusion de la durée

Avant le cyprès et l’olivier...avant l’éclosion de l’herbe

Mon père... est d’une famille de laboureurs

N’a rien avec messieurs les notables

Mon grand-père était paysan - être

Sans valeur - ni ascendance.

Ma maison, une hutte de gardien

En troncs et en roseaux

Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?

Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.


Inscris !

Je suis Arabe

Mes cheveux... couleur du charbon

Mes yeux... couleur de café

Signes particuliers :

Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré

Et ma paume est dure comme une pierre...elle écorche celui qui la serre

La nourriture que je préfère c’est

L’huile d’olive et le thym
Mon adresse :

Je suis d’un village isolé...

Où les rues n’ont plus de noms

Et tous les hommes... à la carrière comme au champ

Aiment bien le communisme


Inscris !

Je suis Arabe

Et te voilà furieux !

Inscris

Que je suis Arabe

Que tu as rafflé les vignes de mes pères

Et la terre que je cultivais

Moi et mes enfants ensemble

Tu nous as tout pris hormis

Pour la survie de mes petits-fils

Les rochers que voici

Mais votre gouvernement va les saisir aussi...à ce que l’on dit !

DONC

Inscris !

En tête du premier feuillet

Que je n’ai pas de haine pour les hommes

Que je n’assaille personne mais que

Si j’ai faim

Je mange la chair de mon

Usurpateur

Gare ! Gare ! Gare

À ma fureur !

A ma mère


J’ai la nostalgie du pain de ma mère,

Du café de ma mère,

Des caresses de ma mère...

Et l'enfance grandit en moi,

Jour après jour,

Et je chéris ma vie, car

Si je mourais,

J'aurais honte des larmes de ma mère !

Fais de moi, si je rentre un jour,

Une ombrelle pour tes paupières.

Recouvre mes os de cette herbe

Baptisée sous tes talons innocents.

Attache-moi

Avec une mèche de tes cheveux,

Un fil qui pend à l'ourlet de ta robe...

Et je serai, peut-être, un dieu,

Peut-être un dieu,

Si j'effleurais ton coeur !

Si je rentre, enfouis-moi,

Bûche, dans ton âtre.

Et suspends-moi,

Corde à linge, sur le toit de ta maison.

Je ne tiens pas debout

Sans ta prière du jour.

J'ai vieilli.

Ramène les étoiles de l'enfance

Et je partagerai avec les petits des oiseaux,

Le chemin du retour...

Au nid de ton attente !

mardi 12 août 2008

Quelques nouvelles depuis l’autre côté du mur…


J'ai juste l'envie de partager quelques petites (ou grandes) choses que l'on voit sur le terrain, pas dans les medias.
Il y a d'abord Nil’in, ce petit village proche de Ramallah qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, lequel a commencé à construire un mur sur les terres des villageois. Les habitants de Nil'in n'ont pas de potion magique, mais ils ont leur amour de la terre, leur aspiration à la justice et le soutien de quelques Palestiniens, Israéliens et internationaux pour lutter. Des couvre-feux ont été imposés, des internationaux ont essayé de les briser pour apporter les biens de première nécessité aux villageois. Une vidéo a circulé sur YouTube, on y voit un soldat israélien maintenant le bras d’un jeune Palestinien qui a les yeux bandés et les mains attachées dans le dos. Un autre soldat lui tire dans la hanche, il s’effondre. L’acte est clairement organisé en accord avec son supérieur (vidéo à l'adresse suivante: http://www.dailymotion.com/related/x6j2mn_humiliation-palestiniens-par-des-co_news/video/x6736j_un-soldat-israelien-en-train-de-tir_news). Les Israéliens n’étaient pas contents, mais alors là, pas du tout, que ce genre de vidéo puisse être vue dans le monde entier. Du coup, les contrôles se renforcent, des journalistes se font confisquer leur matériel, leurs reportages. Quelques jours plus tard, un jeune Palestinien de 10 ans se rend sur le site de construction du mur avec des amis lors d’une manifestation. Les soldats commencent à tirer, les gens fuient, l’enfant se fait tuer d’une balle dans le dos, tirée à 10 mètres de lui. Un jugement ? Une répercussion dans les médias étrangers ? Je n’ai rien entendu. Les manifs continuent…
Il n’est hélas pas si facile d’écrire des articles dénonçant la politique d’Israël. La semaine passée, une jeune Américaine de 19 ans qui faisait du volontariat dans une association de Bethléem et écrivait des articles sur Internet revenait d’un week-end au Caire. A l’aéroport, on l’a interrogée de façon très serrée en lui demandant de communiquer les noms de ses amis. Comme elle a refusé, elle est restée près de 48 heures dans une cellule, sans avocat (elle est dans l’aéroport, donc sur un sol international), avant d’être finalement déportée aux Etats-Unis.
Les colons reviennent à Oush Grab, la colline palestinienne près de Beit Sahour, de plus en plus nombreux, apparemment bien décidés à s’y installer. Jeudi soir, ils ont organisé des cars en provenance des principales colonies de la région pour se rendre sur le site. Quelques internationaux et Palestiniens y sont allés aussi. Ils chantaient des chants pour la paix, entre autres un chant juif très connu, ça a rendu les colons fous de rage. Ils ont encerclé les internationaux et Palestiniens, les ont insultés, traités de nazis et ont commencé à les frapper. Heureusement, l’armée est intervenue pour séparer les troupes.

Voici un lien vers quelques photos de leurs graffiti avec traduction: http://www.flickr.com/photos/29306983@N02/
Petite escapade à Naplouse, au camp d'Asqar. Comme d’habitude, la joie m’envahit lors des retrouvailles. Cette fois-ci pourtant, je suis particulièrement contente de rentrer chez moi. Il n'y avait plus d'eau dans tout le camp depuis deux jours, et vu la chaleur, une petite douche est plus que bienvenue. L'eau de la Palestine est massivement pompée par Israël, qui interdit aux Palestiniens de forer en profondeur. Un colon consomme en moyenne 15 fois plus d'eau qu'un Palestinien. Il y a près du camp d'Asqar une colonie habitée par à peine 5 familles mais qui leur cause décidément bien des soucis. D'un autre coté, près de Naplouse, les colons fabriquent maintenant des roquettes et les lancent sur le village de Burin, en réponse à ce qui se passe à Gaza, disent-ils.
Les jeunes de Dheisheh avec qui je travaille sont partis au Danemark. Ils ont bien failli devoir en laisser trois (les plus jeunes) au camp, ils attendaient un papier des autorités israéliennes les autorisant à partir, celui-ci est arrivé deux heures après l'heure prévue pour le départ alors qu'ils l'avaient demandé des semaines à l'avance. Ils ont alors fait un long voyage jusqu'à Amman, pour cela, ils ont compté plus de 12 heures, ils devront surement trainer en ville pendant des heures, mais on ne sait jamais le temps que le passage des frontières peut prendre. D'autre part, un groupe de jeunes de l'AEI attend toujours les visas pour participer à un échange interculturel en Angleterre. Ils ont envoyé tous les papiers et l'argent depuis plus d'un mois. Le camp commence dans 3 jours et les autres groupes nationaux n'ont rencontré aucun problème, il n'y aura peut-être pas de Palestiniens dans l'échange, c'est tout. S'ils veulent se prémunir contre ce genre de stress de dernière minute, on leur affirme qu'ils font leur demande trop tôt. C'est ce que l'ambassade américaine a prétendu à Anton. Il a finalement attendu son visa tellement longtemps qu'il a du annuler le voyage en Italie qu'il avait prévu avant sa formation à Boston. Il semble qu'il n'y ait pas que les autorités israéliennes qui s'acharnent à rendre la vie des Palestiniens difficile. Les demandes de visa sont systématiquement une galère, et les visas obtenus (surtout quand il s'agit de jeunes) couvrent la durée de l'activité prévue (camp ou formation dans ces cas-ci) plus deux jours (un avant et un après) pour le voyage. L'année passée, les Palestiniens participant au camp aux Pays-Bas avaient du retourner chez eux le lendemain du camp, alors que certains Israéliens restaient des semaines de plus dans le coin.
Et une semaine comme une autre s'achève en Palestine, faites de petites et grandes frustrations. Les jeunes du centre d'Asqar nous ont fait une petite représentation théâtrale sur leur vie: leurs ancêtres qui ont du fuir, la construction d'une nouvelle vie en Palestine, les attaques des soldats, la prison, un ami qui meurt, etc. Ils finissent en disant: "Palestinan people will stay, will stay, will stay". Et on leur fait une ovation, sincère jusqu'au plus profond de notre cœur, une ovation pour leur courage, leur persistance, leurs rêves.