Mousa est un Palestinien de 29 ans qui vit à Beit Ummar, un petit village habité principalement par des paysans et situé entre Bethléem et Hébron. Il a créé une association appelée Palestine Solidarity Project, qui fait des actions avec des Israéliens, des internationaux, et évidemment des Palestiniens. Ce sont de vrais activistes. Ils vont dégager des blocs de béton qui barrent les routes menant à certains villages (en sachant pertinemment bien, évidemment, qu’ils seront replacés, parfois quelques heures, parfois quelques jours plus tard). Ils accompagnent les Palestiniens qui doivent aller sur leurs terres pour récolter les olives ou planter de nouveaux arbres pour les protéger des colons (surtout pour dissuader les colons d’intervenir) Et puis, Mousa emmène les internationaux près des colonies, près du mur, dans les villages, les camps de réfugiés, etc. pour leur expliquer la situation.
Quand on est allées à Beit Ummar cet été, l’association était encore petite. J’y suis retournée la semaine passée, c’est impressionnant de voir comme elle s’est vite aggrandie. Mousa et les gens avec qui il travaille ont trouvé des fonds pour construire une maison de la paix et la non-violence juste à côté de l’association. Les travaux devraient commencer d’ici quelques mois. Ils se préparent aussi à créer une armée non-violente, avec un drapeau et tout le bataclan.
Mousa me touche beaucoup par sa simplicité, sa générosité, sa capacité à vous ouvrir grand son cœur. Il n’a pas étudié au-delà du secondaire, principalement parce qu’il a fait de la prison. Mousa était le chef d’un groupe de jeunes qui s’étalait sur toute la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ils allaient dans les écoles pour parler de l’occupation auprès des autres jeunes. Ils lançaient des pierres aussi de temps en temps. Cela a valu à Mousa 5 ans de prison. Pendant les trois premiers mois, les détenus n’ont pas de contact entre eux et sont interrogés régulièrement. Mousa nous a peu parlé de ces mois, qui sont les plus durs, mais il a raconté qu’une Israélienne venait dans sa cellule et se déshabillait. Son but était d’obtenir des photos compromettantes pour ensuite le faire chanter. « Je savais ce qu’ils voulaient faire et je n’ai pas craqué », raconte-t-il fièrement. Après ces trois premiers mois, il a vécu avec les autres prisonniers, entre autres des professeurs, ce qui lui a permis d’apprendre, mais pas d’obtenir de diplôme.
Mousa garde son attachement à la cause palestinienne, mais il est devenu plus prudent. Il a décidé de se battre sur le terrain de la non-violence. Samedi, je devais aller le voir. On a convenu que je travaillerais un peu dans son association les samedis après-midi. Le matin, je reçois un coup de téléphone de son frère, Yussef. Mousa a été arrêté. Il ne sait pas où il a été emmené ni pour combien de temps, ni pourquoi. Ce coup de fil m’a laissée pantoise. Et je me suis dit : cette peur pour un être qui vous est cher, ce sentiment d’injustice et d’impuissance, ce n’est même pas 10 % de ce que les mères palestiniennes, les familles, les amis ressentent trop souvent dans leur vie.
Je m’inquiète pour lui. Et la lecture de témoignages de prisonniers sur la torture n’a rien pour me rassurer. J’en ai parlé à d’autres Palestiniens, ils acquiescent d’un air désolé puis continuent la conversation sur un autre sujet. Ils savent ce que c’est, ils sont bien souvent passés par là, et ils savent qu’on ne peut rien faire.
Mais ne rien faire m’énerve, alors j’écris ce modeste article pour Mousa, en pensant bien fort à lui, et j’espère que vous l’aurez lu jusqu’au bout.
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3 commentaires:
bien sûr que j'ai lu ton article sur Mousa jusqu'au bout! Mousa... les meilleurs moments de notre (tout petit maintenant!) voyage. Mousa qu'on trouvait complètement irrationnel devant les soldats israéliens...! Ton hommage est parfaitement juste, juste par rapport à la vision que j'ai aussi de lui. J'espère avec toi...Tiens moi au courant!
Cette conférence sur les artisans de la paix était émouvante hier.
Tu connais les associations, peut-être as-tu déjà entendu parlé des orateurs qu'on a rencontré à nivelles.
D'abord, Tal Dor, qui est en fait une femme, très jeune, intelligente et très sensible. Elle a insisté sur le fait que son association Zochrot réclame à Israël la résolution de la 4ème Convention des Droits de l'Homme établie à Genève, pour permettre le retour des réfugiés, avec comme seule réponse d'Israël "Pour des raisons de sécurité, les réfugiés ne peuvent pas revenir.".
Elle nous a montré des photos de Palestiniens que son association a agrandi taille nature et a placé dans les rues de Tel Aviv et dans les villages d'où ces personnes ont été expulsées,pour que le peuple israëlien voit enfin l'histoire telle qu'elle s'est déroulée.
Elle nous a avoué que seulement 1% d'Israéliens pense comme elle et veut avec l'assoc Badil 1 seul état, évidemment pas 1 comme maintenant avec 1 dominant et 1 dominé.
L'autre intervenant, Nidal al Asseh, représente l'association Badil. Il était émouvant aussi, parlant avec beaucoup de modération. Badil travaille à la possibilité de retour des palestiniens , en insistant bien que cela n'inclut pas, comme on veut le faire croire, le fait de "jeter les juifs à la mer".Ce droit de retour, reconnu pour tous les peuples, dans la résolution 194, avec en plus le droit pour les réfugiés d'être compensés pour tout ce dont ils ont été spoliés, n'est pas appliqué pour les Palestiniens.
Badil se demande comment influencer les Etats Européens, pour qu'ils puissent faire une politique de boycott par rapport à Israël, comme ils l'ont fait par ex. en Afrique du Sud.
Les Nations Unies ont pourtant reconnu qu'Israël était un état discriminatoire.
En tous cas, pour Badil, l'important ce sont les solutions pacifiques et démocratiques, et par ex. par rapport aux jeunes, ils les aident à résister à travers l'expression.
Cela rejoint donc tout à fait l'objectif de ton assoc et ce que tu fais concrètement à Betléem!
C'est tout à fait triste et injuste ce qui est arrivé à Moussa, j'espère que tu en auras bientôt des nouvelles.
Nous sommes de plein coeur avec toi et t'envoyons 1000 pensées encourageantes.
Pa et Ma
ce soir za'atar et huile d'olive de ton panier cadeau ds ma salade.Mousa est dans mes pensées, grâce à toi. Tu dois faire un bien énorme à toutes ces personnes dont la vie est en points de suspension. Toi, tu es leur point d'exclamation! comme çà!
Je t'embrasse. Point.
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