
Photo 1: camp de refugies Al Amari - Photos 2,3,4: des enfants dans le camp de refugies Aida, lors de la commemoration de la Nakba.
Au moment où l’Etat d’Israël célèbre son anniversaire en grandes pompes, où les drapeaux à l’étoile de David fleurissent partout, se multiplient de semaine en semaine, les Palestiniens commémorent leur Nakba, leur catastrophe, et espèrent faire entendre leur voix, leur histoire à l’étranger. Le discours de George Bush affirmant qu’Israël est la seule nation du Moyen-Orient défendant la démocratie et les droits de l’homme et que les Etats-Unis seront toujours avec eux dans la lutte contre le terrorisme leur laisse un goût amer. Le monde est-il aveugle ou juste de mauvaise volonté ?
Il y a des tas de moyens de commémorer la nakba :depuis le lâcher de ballons noirs dans plusieurs villes de Cisjordanie (en espérant qu’ils assombrissent le ciel israélien), la marche à travers les camps de réfugiés de la ville, les concerts, danses traditionnelles et discours commémoratifs jusqu’aux discussions sur la nakba. A l’association, on en a parlé avec plus ou moins tous les groupes. Les ados rebelles nous disent que commémorer la nakba n’est pas important pour eux, provoquant une pluie de « quoi ? », « pourquoi ? », « et c’est ça, la génération de demain, nos futurs leaders ? ». En même temps, on les comprend, nous non plus, on n’aimait pas l’histoire à leur âge. Mais ici, il est impossible d’ignorer l’histoire, elle laisse trop de traces dans le présent.
La guerre de 1948 a déplacé entre 750 000 et 900 000 Palestiniens, deux tiers de leurs maisons furent détruites, un tiers fut occupé par des Juifs. Après la nakba, Israël contrôlait 78% de la Palestine du mandat britannique. En 1949, l’Assemblée Générale des Nations Unies acceptait Israël comme état membre sans lui imposer aucune condition, déclarant qu’ « Israël est un état qui aime la paix, accepte les obligations contenues dans la Charte des Nations Unies et a la capacité et la volonté de remplir ces obligations ». Ces Nations Unies qui fourniront des tentes et construiront ensuite des logements en dur pour des centaines de milliers de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, à Gaza, au Liban, en Syrie et en Jordanie. Au milieu de l’année 2007, le nombre total de réfugiés palestiniens et de « internally displaced » (par exemple, des gens qui ont dû quitter leur village pour s’installer dans une ville ou un autre village), incluant leurs descendants, s’élèverait à 7,5 millions. Dans la bande de Gaza, 70% des Palestiniens sont des réfugiés. Et depuis 60 ans, les réfugiés se voient dénier une série de droits qui sont pourtant reconnus dans les lois internationales :
- Résolution des Nations Unies : « les réfugiés souhaitant retourner dans leurs maisons et vivre en paix devraient pouvoir le faire le plus tôt possible, et des compensations devraient être payées pour les propriétés de ceux qui choisissent de ne pas revenir et pour la perte ou l’endommagement de toute propriété. »
- Droits de l’Homme : « tout homme a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »
- Résolution des Nations Unies : « les réfugiés souhaitant retourner dans leurs maisons et vivre en paix devraient pouvoir le faire le plus tôt possible, et des compensations devraient être payées pour les propriétés de ceux qui choisissent de ne pas revenir et pour la perte ou l’endommagement de toute propriété. »
- Droits de l’Homme : « tout homme a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »
Ce qui peut paraître étonnant pour un étranger, c’est de voir à quel point les réfugiés palestiniens sont accrochés à cette idée de retour, gardant précieusement leurs clés et entretenant le rêve du retour en décrivant leur paradis perdu auprès des générations suivantes. A Naplouse, N. me disait que son plus grand rêve était de voir un jour Jaffa (un quartier de Tel Aviv aujourd’hui, dont sont issus la plupart des réfugiés de Naplouse), de respirer l’air de la mer méditerranée tel qu’on le lui a décrit, de voir la maison de sa famille. Il a passé toute sa vie à Naplouse, ses amis et sa famille y vivent aussi. Mais quand on découvre Naplouse et surtout le camp de réfugiés de N., on comprend qu’il rêve d’un ailleurs et ait l’impression qu’on lui a volé son véritable chez-soi. N. commence à se faire vieux et à se dire qu’il ne verra pas Jaffa, mais peut-être sa fille…
L’Arab Educational Institute a décidé de commémorer la nakba a sa façon : nous avons d’abord préparé pendant plusieurs semaines des histoires et des dessins d’espoir, qui sont maintenant exposés dans notre peace « sumud » house. Ce projet m’a donné du fil à retordre, tout d’abord parce qu’écrire n’est pas dans la culture des Palestiniens, ensuite parce qu’ils en ont un peu marre de ce thème de l’espoir qui revient systématiquement. Pourtant, les résultats sont assez chouettes, petit à petit, les participants ont commencé à se livrer, à parler de leurs histoires plus personnelles, de leur passage en prison, de la mort de leur père, de leur enfance, etc. C’est rassurant aussi de voir qu’il y a finalement beaucoup de choses qui donnent de l’espoir aux jeunes et aux femmes : les rencontres avec des jeunes Israéliens, les bonnes relations que de nombreux chrétiens et musulmans entretiennent, les traditions, les internationaux, les enfants, l’éducation et les études, et puis Dieu évidemment. La religion aide à garder espoir et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles elle est tellement importante ici.
En plus de l’exposition, l’AEI a organisé une horloge vivante : soixante personnes représentaient les soixante années qui sont passées depuis la nakba et les soixante minutes d’une horloge. Un membre de l’AEI avait écrit une chanson intitulée « it’s time for Palestine », il y avait des percussions pour marquer le passage des secondes, minutes ou années, avec une attention spéciale pour le 41 (cela fait 41 ans que la Naqsa a eu lieu et que la Palestine est occupée) et 60. Le tout s’est déroulé juste à côté du mur dans une atmosphère assez solennelle. J’ai peu d’espoir que ce genre d’événement, qu’ils appellent fièrement « advocacy action », ait un quelconque impact à l’étranger, ou même à Bethléem, mais cela fait du bien aux membres de l’institut, qui se rassemblent et ont l’impression de faire entendre leur voix.



