mercredi 21 mai 2008

Messieurs les investisseurs, soyez les bienvenus en Palestine

C’est l’effervescence à Bethléem. La conférence internationale sur l’investissement, qui est apparemment habituellement organisée en Europe, a cette année lieu en Palestine, et plus précisément dans la petite ville de Bethléem, qui est finalement une vitrine pas trop moche et qui ne fait pas trop peur non plus. C’est une chance unique pour les Palestiniens de convaincre des investisseurs, selon certains, une grande blague, selon d’autres. En tout cas, il faut faire belle figure. Alors depuis plusieurs semaines, des ouvriers se promènent avec des pots de peinture et repeignent les passages pour piéton - en espérant faire croire qu’ils servent à quelque chose -, les bordures des trottoirs, etc. On nettoie la ville, on construit même un podium sur la place centrale, en face de l’église de la Nativité. Il est prévu que les participants à la conférence passent un jour à Artas, un petit village près de Bethléem, dont la majorité de la population vit du travail de la terre mais va perdre plus de la moitié de ses terrains dans la construction prochaine du mur (les fondations sont déjà là), mais la politique, ça ne concerne pas trop les investisseurs généralement. Le village est joli, pittoresque, on pourrait même dire, mais l’aspect bucolique de la campagne, ça ne séduit pas tellement les investisseurs généralement. Alors franchement, je ne comprends absolument pas ce qu’ils vont foutre là-bas.

Bon voilà, Bethléem est en ébullition, il y a des agents de polices et des militaires partout. Ils règlent la circulation aux carrefours tout d’un coup, du jamais vu. Ils sont perchés sur les toits et regardent passer les gens, ils traversent la ville dans des voitures à remorques, tenant fièrement leur fusil. Et puis, il y a aussi des messieurs en costard qui osent s’aventurer hors de l’hôtel de luxe à air conditionné. Bon, ils ne sont pas nombreux, mais quand même, ils marchent courageusement dans la ville. Ah, et aussi, il paraît que Tony Blair est là… et qui d’autre ? Spielberg, je crois… et puis d’autres que j’ai oublié… Pas Bush, cette fois, il s’est contenté d’Israël.

Certains diront (leur donnerait-on tort ?) que la Palestine est trop instable pour intéresser les investisseurs, que la situation bouillonne, bouillonne, et puis explose tous les cinq ans. Et que donc, si des gens veulent investir ici, ils chercheront des compensations à ce problème, ils auront bien besoin d’éléments motivateurs. Que peut offrir la Palestine ? Une population souffrant largement du manque d’emploi et acceptant des salaires minimes et des conditions de travail… disons peu avantageuses. Oui, certain diront ça… Mais on leur dira d’arrêter un instant d’être pessimiste. Allons, laissons-nous aller à rêver un peu pendant quelques jours, et puis, il sera bien temps de voir ce qu’il sort de cette conférence.

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