jeudi 29 mai 2008

Sauvons Oush Grab !







Oush Grab est une ancienne base militaire israélienne qui a été rendue à l’autorité palestinienne il y a un peu plus de deux ans, et qui est menacée par des colons. Le site est au sommet d’une colline (ben tiens donc, comme d’habitude, les colons visent les hauteurs). Et le moins qu’on puisse dire c’est que le lieu est peu attrayant pour le moment : des bâtiments désaffectés et de la terre complètement desséchée. Alors, pourquoi les Palestiniens et les colons se le disputent-ils ? Pour les colons, c’est une partie de la terre promise, qui a été donné au peuple juif, et puis, c’est un lieu stratégique. Les Palestiniens, quant à eux, considèrent que c’est leur terre et qu’on n’a pas le droit de les en priver. De plus, la municipalité de Beit Sahour a commencé à réaménager le bas de la colline et prévoit de continuer les travaux jusqu’au sommet pour transformer l’ensemble en un parc avec plaine de jeux, tour d’escalade, etc. C’est un superbe projet pour les jeunes Palestiniens qui manquent d’aire de jeux et loisirs. Enfin, l’endroit est aussi symbolique : c’est un des seuls lieux qui a été évacué par les Israéliens à l’intérieur de la Cisjordanie (il y a également deux bases militaires qui ont été évacuées près de Jénine, dans le nord). Si la municipalité de Beit Sahour arrive à en faire quelque chose et à faire revenir les gens sur le sommet de cette colline (qu’ils associent malheureusement à l’armée, aux coups de feux, au danger), cela pourra servir d’exemple, en espérant un futur processus de décolonisation.

Les colons sont venus une première fois il y a deux semaines. Ils étaient 70-80 et proclamaient haut et fort que c’était leur terre. Ils venaient d’Amérique, d’Australie, d’Europe et d’Israël. Ils sont venus trois fois dans la même semaine. Du coup, un comité de défense d’Oush Grab a été créé et a décidé qu’il fallait un nouveau projet pour le site (l’idée initiale de laisser un espace naturel ouvert au sommet de la colline a été abandonnée, car elle laisse la porte ouverte au retour des colons, il faut donc construire quelque chose). En attendant, on doit montrer que le site est utilisé par la communauté locale. Vendredi passé, on attendait le retour des colons, avant leur week-end, et on est allés faire des jeux avec une ONG, prétextant qu’on participait à une formation en leadership. Au moment où on arrivait avec tout notre matériel, on a croisé quatre colons : l’un avait un fusil, une autre une espèce de corne dans laquelle elle soufflait. A part ça, ils avaient l’air d’êtres humains assez normaux, avec deux yeux, deux bras et dix doigts. Bon, s’ils ne sont pas des espèces d’aliens bizarroïdes et lobotomisés, comment comprendre leur comportement ? J’attends vos suggestions… Toujours est-il qu’ils sont allés un peu plus loin et ont passé des coups de téléphone. On a commencé notre « formation ». C’était assez comique et surtout assez difficile de jouer comme des gosses en plein soleil dans une vieille base militaire et de faire semblant que tout était normal… surtout quand des soldats sont arrivés, de plus en plus nombreux. Ils ont décidé que c’était une zone militaire et qu’on avait cinq minutes pour partir. On n’avait pas trop envie d’être arrêtés, on a donc obéi. Mais les colons ne sont pas revenus non plus.

Ce qu’on peut faire est assez limité. Les colons venant des Etats-Unis ont généralement un lobby juif assez fort derrière eux. Et si 80% des habitants des colonies sont ce que l’on appelle des « colons économiques » (attirés par les prix et le confort des logements, environ deux fois moins chers qu’à Tel Aviv, par exemple), ceux à qui nous avons affaire ici sont définitivement des colons idéologiques, convaincus que cette terre leur appartient parce que Dieu leur a donnée. Ça promet de nouvelles aventures…

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