jeudi 29 mai 2008

Quand des Israéliens et des Palestiniens se rencontrent

Je suis enfin allée à une réunion du groupe yad bi yad, qui a été constitué par des membres de mon camp pour la paix aux Pays-Bas. Il y avait toute une série de nouvelles têtes, le projet marche donc bien et le groupe recrute de nouveaux participants à chaque réunion. C’est plutôt rassurant de voir que des deux côtés, les jeunes ont encore envie de se rencontrer, de dialoguer et d’essayer de mieux connaître les autres (d’après ce que j’ai vu, on n’en est pas encore vraiment au stade de la compréhension).

Comme les Palestiniens ne peuvent pas se rendre en Israël ou à Jérusalem, les rencontres se font à Beit Jala, tout près de Bethléem, dans une école allemande. Avec l’inconvénient que certains Israéliens ne viennent pas parce qu’ils ont trop peur de rentrer dans les territoires occupés, même si la route qui mène de Beit Jala à une des entrées de l’école est très courte et empruntée presque exclusivement par des colons. En tout cas, l’endroit est parfait pour ce genre de rencontre, calme et vert, plutôt rare ici.

Ce qui me touche beaucoup dans ces rencontres, c’est d’entendre les Israéliens partager leurs remises en question et leurs crises de conscience, de voir qu’il y a une certaine logique et un certain réalisme dans leurs propos, qu’ils ont un réel désir de paix et ont aussi leurs propres souffrances. On a discuté d’abord des stéréotypes, assez classique (les Israéliens sont des soldats et des criminels, les Palestiniens ne considèrent pas la vie humaine comme sacrée, ils ne traitent pas bien les femmes, etc.).
Ensuite est venue la partie qui m’a le plus intéressée : on a parlé de la Nakba et de l’indépendance d’Israël. Les Israéliens expliquaient que beaucoup de jeunes de leur pays considéraient maintenant que 1967 était une erreur, et qu’Israël n’aurait pas dû occuper la Palestine, qu’ils n’en seraient sûrement pas là s’ils avaient évité cela. Ils considèrent par contre généralement qu’en 1948, ils n’avaient pas le choix. Quand ils voient les images de commémoration de la Nakba, lisent les récits des Palestiniens, commencent à se poser de réelles questions par rapport à ce qui s’est passé cette année-là, ils se disent que c’était peut-être aussi une erreur. Mais alors, leur existence sur cette terre est remise en question… Mais où donc pourraient-ils aller ? L’Israélien qui raconte cela a des origines polonaises, bulgares et yéménites…
Quant aux Palestiniens, ils rêvent de pouvoir retourner sur leurs terres, ou celles de leurs grands-parents. Les Israéliens leur demandent s’ils accepteraient d’y aller comme touristes, dans un pays où ils seraient considérés comme « étrangers ». Pour les Palestiniens, il est très douloureux d’imaginer être étranger dans un pays qu’ils considèrent encore comme le leur. S. explique qu’elle n’aurait sans doute absolument pas envie de s’installer à Haïfa si elle en avait l’occasion, ce qu’elle veut, c’est avoir le choix, sentir qu’elle est maîtresse de son destin. Les Israéliens ne peuvent pas imaginer des frontières ouvertes, ce serait la folie, tout le monde se tuerait. M. répond : « Si tout d’un coup, on ouvrait les frontières, les Palestiniens se rueraient tous à la plage, ils seraient trop excités par la mer pour penser à tuer. » Chacun a sans doute sa part de vérité. La plupart des gens ne voudraient certainement pas se tuer, malheureusement, les violents, s’ils sont minoritaires, sont généralement ceux qui font le plus de bruit.

2 commentaires:

Marie-Noël et André a dit…

Bonjour à tous !
Pour ceux qui ont envie de se sentir un peu plus proches d'Anaële, tout au moins en pensée, nous signalons qu'il a actuellement sur nos écrans occidentaux deux excellents films israéliens :1. "La visite de la fanfare", savoureux, poétique, lent comme un Tati, c'est l'aventure d'une fanfare égyptienne paumée quelque part en Israël, et qui crée les bases d'un dialogue arabo-israëlien. 2. "Les Citronniers", par l'auteur de "La fiancée de Syrie", un excellent film, très démonstratif des difficultés de la co-existence des multiples communautés.
Ces deux films démontrent, chacun à leur façon, qu'il existe des Israéliens progressistes qui posent et se posent assurément les bonnes questions

Lucien Hermans a dit…

Vendredi soir nous avons organisé une rencontre interculturelle à Forest, avec projection du film de Mourad Boucif "la Couleur du Sacrifice", ayant pour thème les tirailleurs marocains de la geurre de 40 dans l'armée française, oubliés (ou carrément massacrés) par les français à la fin de la guerre. Après projection du film, il y eu un débat très animé entre les communautés forestoises "belge de souche" et marocaine. Commentaire entendu le plus souvent : nous vivons dans deux mondes culturellement séparés, nous devons apprendre à mieux nous connaître!
Et puis en plein débat ma voisine se penche vers moi et me glisse à l'oreille "c'est comme les flamands, quand donc vont-ils cesser de revendiquer toujours plus?" Son commentaire m'a fait bondir : je lui ai dit qu'après avoir travaillé vingt ans chez les flamands, moi je trouvais que les francophones feraient bien d'être un peu plus à l'écoute des flamands!
Pourquoi est-ce toujours si difficile de comprendre ce qu'on vit dans une autre communauté, proche géographiquement?

Encore félicitations pour ton travail.

Lucien