lundi 12 mai 2008

Ziad


Ce samedi matin, j’ai rencontré et écouté Ziad, un jeune de 17 ans qui a déjà été arrêté cinq fois par les soldats israéliens. Avec fierté et timidité, il nous a raconté son histoire…

Ziad est né en 1991 dans un camp de réfugiés près de Hébron. Chaque nuit, les soldats entrent dans le camp pour arrêter des gens. Ziad a été arrêté deux fois en 2004, il est à chaque fois resté environ une semaine en prison.

En 2005, on l’a arrêté une troisième fois, on l’accusait d’avoir lancé des pierres et des cocktails molotov. Il a été enfermé dans une pièce d’1 m2 pendant une semaine, avec la possibilité d’aller à la toilette et de recevoir du pain et de l’eau une fois par jour. Il n’a pas dormi pendant toute cette semaine. Ils lui ont ensuite dit que s’il signait un papier, qui était rédigé en hébreu, il pourrait rentrer chez lui. Malheureusement, il a signé un aveu et s’est retrouvé 7 mois en prison, avec également une amende de 500 shekels. Les membres de sa famille avaient le droit de le visiter une fois toutes les deux semaines, quand ils avaient une permission.

En janvier 2008, Ziad a été arrêté pour la quatrième fois. Les soldats sont venus le chercher dans la nuit, ils l’ont emmené en pyjama dans la rue et l’ont frappé avec la crosse d’un fusil, lui cassant une côte. Pendant les jours qui ont suivi, il crachait du sang et s’inquiétait. On lui a dit qu’il pourrait partir uniquement si sa famille payait 2000 shekels, qu’elle a réussi à récolter auprès des voisins. La dernière arrestation de Ziad a eu lieu ce 2 mai. Il avait passé la journée à Jéricho avec un groupe de jeunes. Quelques heures après son retour, alors que tout le monde dormait, les soldats sont entrés dans la maison, ont réuni la famille et frappé Ziad devant sa mère. Ils l’ont ensuite installé sous leurs pieds dans une jeep, les poignets enserrés par un lien de plastique, et lui ont donné des coups. Au centre d’investigation, on lui a proposé de travailler pour l’armée israélienne comme collaborateur. Comme il a refusé, il s’est fait insulter et frapper, puis, il a été mis dehors en sous-vêtement pendant plusieurs heures. Un autre interrogatoire a suivi, puis deux heures dans une pièce d’1 m2, et ensuite un long moment dans une cellule avec une cinquantaine d’autres personnes. Il a passé ainsi cinq jours dans le centre d’investigation, entre attente, interrogatoire, coups et menaces (de s’en prendre à sa mère et sa sœur, par exemple). On l’accusait d’avoir jeté des pierres le jour où il était à Jéricho. Il a finalement été relâché.

Ziad nous dit qu’il a effectivement lancé des pierres il y a quelques années, mais qu’il ne le fait plus, et que depuis qu’il a été en prison, les soldats reviennent toujours chez lui. Lorsque l’on demande au responsable de « Defence for Children International » pourquoi l’armée israélienne met tant d’enfants en prison, il nous répond : « Si vous voulez occuper une nation pendant plus de 40 ans, vous devez la terroriser. » Ça fait froid dans le dos. Et Ziad, malgré sa fierté, est bel et bien terrifié. Aujourd’hui, il ne va plus à l’école, parce qu’elle est tout près d’une tour de surveillance israélienne à la sortie du camp, nous dit-il, et que cela lui semble trop dangereux.

Ziad est un exemple parmi tant d’autres. Depuis 2000, plus de 6000 enfants palestiniens ont été arrêtés. De 12 à 13 ans, ils peuvent être emprisonnés jusqu’à 6 mois. Entre 14 et 15 ans, ils ne peuvent pas être condamnés à plus de 5 ans, sauf certains cas. Et dès 16 ans, les Palestiniens sont considérés comme des adultes, ce qui n’est pas le cas des Israéliens, ni sur leur territoire ni en Cisjordanie. D’autre part, la sentence est calculée en fonction de l’âge lors du jugement, non de l’acte, ce qui a pour conséquence que certains jugements sont retardés pour que l’enfant franchisse une limite d’âge. Pour avoir lancé des pierres, un Palestinien peut être condamné à 20 ans de prison.

Les ordres militaires qui gouvernent la vie des Palestiniens des territoires occupés sont au nombre de 1500. L’un d’eux cite une série d’actes pour lesquels on peut être envoyé en prisons : jeter des pierres, prendre part à un rassemblement de plus de dix personnes, ne pas répondre à un soldat… Un autre ordre militaire autorise la détention préventive (quand il n’y a pas vraiment d’accusation, et aucune preuve) pendant six mois et autorise également le renouvellement de cette période. L’argument de la « security reason » est largement utilisé : lorsqu’un soldat considère qu’à un endroit donné, une personne menace la sécurité, il peut l’arrêter uniquement en invoquant cet argument. Cette notion est évidemment aussi flexible que subjective.

Le travail des avocats est extrêmement difficile dans ce contexte. Ils doivent respecter l’ordre militaire, qui change tout le temps et est profondément injuste. Ils sont pris dans un dilemme de conscience : nombre d’entre eux souhaitent boycotter les tribunaux militaires israéliens, mais lorsque des familles désespérées viennent les voir et leur demandent d’aider leur enfant, il leur est bien difficile de refuser.

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